Palestine : « Nos institutions sont prêtes »

Rencontre à Ramallah avec Ghassan Al-Khatib, porte-parole de l’Autorité palestinienne, qui évoque la stratégie palestinienne après l’offensive à l’ONU.

Denis Sieffert  • 15 décembre 2011 abonné·es

Avec le blocage des négociations résultant du refus israélien de geler la colonisation, l’Autorité palestinienne a changé de stratégie depuis quelques mois. Jeudi 8 décembre, nous avons rencontré à Ramallah le porte-parole de celle-ci, Ghassan Al-Khatib, qui fait le pari d’un engagement plus grand de la communauté internationale, dans l’avenir, en faveur d’un État palestinien indépendant.

Quelle est votre nouvelle stratégie ?

Ghassan Al-Khatib : Nous suivons trois pistes. Celle de la reconnaissance par l’ONU, celle de la résistance pacifique et celle de la construction des institutions pour un État futur.

Nous suivons attentivement vos efforts à l’ONU, pouvez-vous insister sur le dernier point ?

Deux rapports – de la Banque mondiale et de l’ONU – ont récemment attesté du fait que nos institutions sont prêtes pour la création d’un État indépendant. C’est notre stratégie. Nous devons convaincre la communauté internationale. Mais nous devons aussi améliorer les conditions de vie de notre peuple pour lui permettre de vivre sur sa terre et le convaincre de ne pas la quitter. Cela passe par des réalisations dans le domaine de l’éducation et de la santé notamment. Nous devons renforcer sur tous les plans l’idée d’un pays indépendant. C’est notre défi. Il nous faut convaincre.

Est-ce une rupture avec les stratégies précédentes ?

Il faut en finir avec les phrases et aller vers la pratique. Nous demandons à la communauté internationale de vérifier par elle-même la réalité de ce que nous construisons. Nous avons remarqué une évolution positive de la part de l’Union européenne. C’est hélas différent avec les États-Unis.

Depuis les prises de position européennes de décembre 2009 (1), ­réitérées en mars dernier, nous avons bon espoir. Nous demandons à la diplomatie européenne de nous aider à convaincre le reste de la communauté ­internationale. Catherine Ashton (chef de la diplomatie européenne) joue un rôle encore limité mais positif. Quelques événements le montrent. Autrefois, les États-Unis décidaient seuls des déclarations du Quartet. Aujourd’hui, il arrive que l’Europe s’oppose, mais l’évolution la plus importante concerne l’opinion publique, qui nous est beaucoup plus favorable.

Ne craignez-vous pas que votre stratégie soit utilisée par le gouvernement israélien sur le mode « tout va bien » ou « tout va mieux », et il n’y a donc pas besoin d’État ?

D’abord, je voudrais insister sur le fait que nos efforts économiques ne sont pas destinés à plaire à Israël. Ils sont faits avant tout pour notre peuple. Une société de droit, de justice et de sécurité, cela profitera aux Palestiniens. Par ailleurs, je ne crois pas que les Israéliens aient intérêt à bloquer indéfiniment la solution à deux États. Elle est aussi de leur intérêt. Sinon, quelle est l’alternative ? Un seul État avec un peuple, les Palestiniens, tenus dans une situation d’apartheid ? Si les Israéliens refusent aujourd’hui encore la création d’un État, ce n’est pas parce que nos institutions ne sont pas prêtes, mais pour des raisons idéologiques, et parce qu’Israël a beaucoup glissé vers la droite depuis Oslo (en 1993), et tente de maintenir l’occupation.

Puisque vous évoquez l’hypothèse d’un État, que pensez-vous de la stratégie qui consisterait à dissoudre l’Autorité palestinienne ?

Certains y pensent. Surtout des intellectuels. Mais un récent sondage a montré que deux tiers des Palestiniens jugent que ce n’est pas dans l’intérêt du peuple. Qui, par exemple, paierait les salaires des 160 000 fonctionnaires et des 40 000 enseignants ? Et si les enseignants n’étaient pas payés, que deviendraient leurs élèves ?

Quant à l’idée parfois développée selon laquelle la communauté internationale serait davantage sensibilisée par cette situation d’apartheid, j’en doute. Je ne crois pas qu’elle ferait plus qu’aujourd’hui. Et Israël tenterait de négocier avec des groupes locaux. Ce serait une situation très dangereuse.

Un mot sur les élections en Égypte et sur le rapprochement de l’Autorité palestinienne avec le Hamas…

Sur ce dernier point, cela avance pas à pas, notamment depuis la rencontre du Caire entre Mahmoud Abbas (président de l’Autorité palestinienne) et Khaled Mechaal (chef du Hamas). Notre problème, c’est les progrès sur le terrain.

Nous devons encore résoudre des questions difficiles : qui, par exemple, dirigera les forces de sécurité ? Pourra-t-on intégrer les fonctionnaires de Gaza dans les services de l’Autorité palestinienne ? Mais j’ai bon espoir car nous avons un intérêt national commun à trouver des solutions. Quant à l’Égypte, nous voyons ces événements de façon positive. Je n’ai, pour ma part, pas été surpris par le score des islamistes. Après quarante ans de dictature et de pauvreté, on ne pouvait pas s’attendre à autre chose.

Monde
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