Le savant et le politique
L’œuvre de Bourdieu est au cœur de l’actualité de la lutte contre « la révolution conservatrice » qui tente d’imposer un retour au XIXe siècle.
dans l’hebdo N° 1186 Acheter ce numéro
Dix ans après sa mort, la tradition des commémorations décennales vaut à Pierre Bourdieu un come-back dans « l’actualité française » : ce sont, en effet, les médias qui « font l’actualité » [^2]… Ce n’est pas la première fois : au moins depuis la grève des cheminots de décembre 1995, qu’il était allé soutenir à la gare de Lyon, Bourdieu a souvent « fait la une » dans la presse… Presque toujours pour y être insulté, comme le rappelle utilement Pierre Rimbert dans le numéro du Monde diplomatique de janvier 2012. Il semble néanmoins qu’on s’avise aujourd’hui en France, avec la publication de ses cours 1989-1992 au Collège de France, Sur l’État (voir ci-contre), de l’importance scientifique de son œuvre.
Quitte à séparer « le savant » du « politique », occultant le second au profit du premier, le provincialisme intellectuel hexagonal découvre, ébahi, une « actualité scientifique » internationale de l’œuvre de Bourdieu qu’il était à peu près seul à ignorer. À quelques exceptions près toutefois. L’article de Sébastien Le Fol dans le Figaro du 7 janvier – « Au secours, Bourdieu revient » – est un bon exemple de la virulence d’une « critique » inépuisable qui, pour « faire peuple », mobilise toutes les ressources d’un anti-intellectualisme rudimentaire pour disqualifier à la fois « le savant » et « le politique ». Je voudrais indiquer ici quel était le point de vue de Bourdieu sur les rapports entre connaissance scientifique et prises de position politiques dans le cas de la sociologie, et rappeler, à toutes fins utiles, quelles étaient ces prises de position qualifiées – pour les disqualifier – d’« extrêmes », à la veille du XXIe siècle.