Grèce : « L'austérité drastique est idéologique »

Dans le marasme de la crise de la dette qui dure depuis deux ans, le peuple grec est de nouveau mis à contribution par une série de mesures de restrictions budgétaires. Trois questions à Frédéric Lemaire, membre d'Attac et du Collectif pour un audit citoyen de la dette.

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Sous la bronca de la rue et une irruption de colère sans précédent , le parlement grec a adopté dimanche soir peu avant minuit un nouveau plan d'austérité qui conditionnait l’octroi par la BCE, le FMI et l'Union européenne d'une nouvelle tranche du financement de son « plan de sauvetage ».

Les mesures sont draconiennes : baisse de 22 % du salaire minimum de 751 euros à 586 euros brut sur 14 mois, 32 % de baisse de salaire pour les moins de 25 ans, mise en « réserve » dans l'année de 15 000 fonctionnaires avec 60 % de leur salaire, baisse des pensions retraite. Devant la colère populaire, le porte-parole du gouvernement grec a annoncé lundi 13 février la tenue d'élections anticipées au mois d'avril, alors que le parlement devait initialement siéger jusqu'en octobre 2013.

Frédéric Lemaire est membre d'Attac et du Collectif pour un audit citoyen de la dette.

Politis.fr : ce nouveau plan d'austérité était-il inévitable ?

Frédéric Lemaire : La situation est souvent présentée comme si il n'y avait aucune alternative. C'est le matraquage du gouvernement grec et de l'Union européenne qui disent que rien n'est possible en dehors des plans d'austérité qui sont menés. Nous essayons de désamorcer ces discours apocalyptiques, car ils imposent des décisions intolérables pour le peuple grec. Ils présentaient déjà le défaut partiel de la Grèce comme quelque chose d'inenvisageable, c'est pourtant ce qui est en train d'arriver : une partie de la dette grecque sera de fait annulée.

Pour éviter une cessation de paiement, dans le cas où la Grèce se retrouverait de manière abrupte en manque de liquidité pour payer ses créanciers, un défaut partiel de la dette a été décidé. Un État ne peut pas faire « faillite », mais une cessation de paiement entraînerait d'énormes difficultés pour l'État de lever des fonds et se financer. C'est ce que craignait le gouvernement grec.

La crainte au niveau de la zone euro vient aussi du fait que des CDS, les titres d'assurance sur la dette, ont été contractés sur les marchés financiers par des créanciers de la Grèce ou des spéculateurs. En cas de défaut non maitrisé sur la dette grecque, on ne sait pas vraiment ce qui se passerait à ce niveau-là, car il y a un tel volume de contrat en circulation qu'on ne sait pas si les banques qui les ont émis seraient capables de payer.

De notre côté, nous affirmons qu'une partie de la dette est illégitime, elle doit être mise en défaut de paiement par une décision souveraine. L’État peut tout à fait en répudier une partie si cela se fait de manière organisée, en mettant les principaux créanciers autour de la table en leur disant : « Vous avez encaissé une part considérable de bénéfice, c'est maintenant à vous de mettre l'argent sur la table ».

Quels intérêts l'Union européenne, le FMI et la BCE défendent-ils ?

Tout le monde se rend compte que le défaut est nécessaire, la question est alors de savoir qui paye. La solution de l'austérité drastique est tout à fait idéologique, il s'agit de faire en sorte que l'ardoise de la crise soit prise en charge par le peuple grec pour préserver le secteur financier. Les créanciers sont en partie mis à contribution, mais en comparaison avec ce que le peuple est forcé de faire comme effort, le compte n'y est pas du tout.

Dans l'urgence il faut envisager – comme c'est le cas – un défaut partiel, mais dans des conditions qui soient beaucoup plus équitables pour la population. Au niveau structurel, il faut mettre en place une fiscalité plus juste, plus progressive. C'est à dire le contraire de la TVA et des taxes sur la consommation, qui sont souvent mises en avant dans les plans d'austérité.

Attac s'inquiète d'un « cercle vicieux » de l'austérité qui entraine la récession et le chômage...

C'est ce qui nous semble le plus regrettable avec la volonté absurde de mettre systématiquement en avant les politiques d'austérité. Appliquées à l'échelle de l'Europe, elles réduisent considérablement les possibilités de relance de l'activité. C'est un cercle vicieux qui favorise l'endettement. Car sans relance, les recettes fiscales diminuent. Ce sont des politiques qui n'apportent aucune solution à la crise.

Selon nous, il faudrait permettre aux États d'emprunter directement à la BCE pour leur donner de l'oxygène et lancer des politiques de relance qui nous sortent de la crise. Cela leur permettrait d'échapper à l'obligation de se financer sur les marchés financiers et d'échapper à la pression de ces marchés. Cela permettrait aux États de mettre en place des politiques de relance, développer les services publics, lancer une transformation écologique de la société et repartir dans un cercle positif d'activité.

Le gouvernement Sarkozy, sans le dire, met en place des plans d'austérité successifs qui contribuent à socialiser un effort sur le déficit et pénalisent la consommation. Ces réformes bloquent la relance, avec les effets récessifs que cela peut avoir sur la France.


Photo : Milos Bicanski / Getty Images Europes

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