Mélenchon 1 – Le Pen 0, France 2 empoche la mise

Si l’incident attendu n’a pas vraiment eu lieu, hier, sur le plateau de « Des paroles et des actes », la polémique déclenchée par Marine Le Pen sur la venue de Jean-Luc Mélenchon a permis à France 2 de faire exploser l’audimat.

Pauline Graulle  • 24 février 2012
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Mélenchon 1 – Le Pen 0, France 2 empoche la mise
© Photo : JOEL SAGET LIONEL BONAVENTURE / AFP

Illustration - Mélenchon 1 - Le Pen 0, France 2 empoche la mise

Débattrait ? Débattrait pas ? Finalement, Marine Le Pen n’a pas, comme elle avait menacé , quitté le plateau de « Des paroles et des actes » lorsque Jean-Luc Mélenchon est arrivé, tendu comme un boxeur montant sur le ring, pour affronter la présidente du FN. Mais elle n’a pas débattu. Les raisons ? Premier prétexte : Mélenchon ne serait pas un « vrai candidat » , a affirmé la représentante d’un parti qui peine à réunir 500 signatures. Deuxième raison : les «  insultes  » que le candidat du Front de gauche lui aurait adressées, et qu’elle a péniblement égrainées, le nez sur ses post-it raturés.

Le candidat du Front de gauche, qui a fait du Front national son adversaire principal dans cette campagne, s’est montré très offensif avec la fille de Jean-Marie Le Pen ces dernières semaines. Après l’avoir jugée «  semi-démente  » en marge de son meeting de Metz, Mélenchon a définitivement remisé au placard le « politiquement correct » pour qualifier la candidate d’extrême-droite de « barbare » , « stupide » , « bigote mal éveillée », « réactionnaire confite »« Si le Front de gauche “cogne” sur le FN, c’est parce que nous considérons que le ronronnement bonhomme dans lequel Marine le Pen menait tranquillement campagne il y a encore quelques mois devait cesser » , justifiait, jeudi, sur le site du Nouvel Obs, Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche et auteur de Le parti de l’étrangère (éd. Flibuste).

« Vous avez insulté les 40 % d’ouvriers » , s’est énervée Le Pen sur le plateau de Pujadas. « Votre mépris me laisse indifférent » , a rétorqué Jean-Luc Mélenchon, qui, malin, a tenté d’ouvrir la discussion sur l’IVG et l’égalité entre les hommes et les femmes – des thèmes déstabilisants pour la candidate. Bras croisés, Marine Le Pen s’est, comme chaque fois que des questions concrètes lui sont posées, emmurée dans le silence. Prétextant qu’elle attendait des excuses de Mélenchon, sa mauvaise foi l’a plutôt couverte de ridicule.

Pschitt !

Après des jours de démêlés médiatiques pour savoir si Marine Le Pen accepterait, ou non, de débattre avec Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de France 2, le « choc des titans » annoncé a donc finalement accouché d’une souris. Reste que Marine Le Pen a réuni plus de 5 millions de **** téléspectateurs, soit 21,7 % de parts de marché pour la chaine publique. Si la «show-woman» réalise à chaque fois de bons scores – voir sa prestation à l’émission « On n’est pas couchés » qui a rassemblé 2,3 millions de spectateurs en moyenne samedi dernier, offrant à Laurent Ruquier son plus bel audimat de la saison –, la perspective qu’il allait se passer « quelque chose », a attiré l’attention des foules en faisant monter le suspense. Un effet calculé par le staff de la candidate, qui a bluffé volontairement pour faire monter la sauce ?

Vers 21h40, alors que le hashtag (balise permettant de suivre un mot-clé en particulier) #dpda arrivait en tête des « tendances France » sur Twitter (il retombera en seconde position et reviendra au premier plan avec l’arrivée de Mélenchon), certains internautes éprouvaient des difficultés à regarder l’émission en direct sur le site internet Play TV, à cause de la forte affluence.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s’étaient déjà rencontrés, il y a un an, le 14 février 2011, à la table de Jean-Jacques Bourdin sur BFM/RMC. Jean-Luc Mélenchon avait alors déclaré à l’adresse de la patronne du FN : « Ça fait quarante ans que vous existez, vous ne servez à rien » . Sinon, hélas, à faire le buzz à la télé…

Politique
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