Vent d’euphorie sur le mouvement féministe

En s’invitant dans la campagne pour la journée des droits de femmes, 45 associations féministes ont reçu, mercredi soir à la Cigale, à Paris, les candidats de gauche à la présidentielle. Un doux vent d’espoir.

Erwan Manac'h  • 9 mars 2012
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Vent d’euphorie sur le mouvement féministe

C’est un franc succès. Pour leur raout présidentiel, mercredi 7 mars à la Cigale , dans le XVIIIe arrondissement de Paris, les 45 associations du collectif « Féministes en mouvements » ont reçu la quasi-totalité des candidats de gauche. Devant 1 300 personnes, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, François Hollande et Philippe Poutou ont rivalisé de belles intentions et se sont engagés sur la principale revendication du collectif : l’ouverture d’un ministère aux Droits des femmes.

« Le combat n’est pas achevé, il y a tellement à faire pour l’égalité salariale, le droit à l’IVG, l’accès à la contraception » , déclare François Hollande dans une salle bondée et enthousiaste. Quelques minutes plus tôt, le candidat socialiste promettait sur France 2 la parité au sein du gouvernement, du Conseil constitutionnel, du Conseil d’État et du CSA.

Jean-Luc Mélenchon a lui insisté, dans un discours général, sur la « lutte des classes » : « Le ministère aux Droits des femmes est une bonne chose, mais il ne faut pas que l’institutionnalisation de la lutte fasse cesser la lutte. La question féminine doit être posée en tant que lutte des classes » , analyse le candidat du Front de gauche. Eva Joly égrène des propositions plus précises : l’application stricte de la parité en politique, des quotas de 40 % de femmes dans le conseil d’administration des entreprises, la création d’au moins 6 000 places dans les centres d’hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences, etc.

Mais à l’issue d’un discours peu énergique, elle est forcée de s’exposer sur une question difficile, qu’ « EELV n’a pas encore tranchée » , précise-t-elle : « Je suis contre la criminalisation des clients de prostituées, car elle fragiliserait les femmes en les obligeant à se cacher. » L’espace d’un instant, l’ambiance se crispe. La pénalisation du client figure parmi les 30 propositions des « féministes en mouvement » pour la présidentielle. « C’est une des trois questions difficiles qui traversent le mouvement féministe, explique Patricia Perennes de l’association Osez le féminisme, comme la grossesse pour autrui ou le voile. »

« Laïcité »

Manifeste des féministes en mouvements

De foulard, il sera d’ailleurs question avec l’intervention de Philippe Poutou, qui place, en partie, le combat féministe dans le cadre de la défense de la « laïcité » : « Nous sommes pour que la religion reste à sa place – c’est-à-dire dans un petit coin – qu’elle sorte des écoles et de la vie sociale. Nous sommes contre le port du voile qui est un signe d’oppression. »

Dans le petit attroupement qui se forme devant la Cigale, quelques minutes après l’intervention du candidat du NPA, les participantes tirent un bilan positif de la soirée. Fondue dans la foule, la directrice de la crèche Baby loup de Mantes-la-Jolie, qui avait licencié une de ses cadres parce qu’elle portait le voile (lire notre article) soutien la même vision de la laïcité : « Il n’y a pas que cela, mais c’est important : il y a un problème dans les quartiers avec les faits religieux et je ne parle pas que de l’islam », estime Natalia Baleato. La controverse n’est pas close au sein du mouvement et, en attendant, les termes « laïcité » ou « voile » n’apparaissent nulle part parmi les 30 propositions du manifeste des « Féministes en mouvements ».

Féminisme politique

Sans surprise, le Président sortant n’a pas honoré l’invitation d’un mouvement qui ne cesse de dénoncer, depuis 2002, la fermeture de 179 centres d’IVG en France et la faiblesse de ses politiques contre les violences sexistes, les contrats à temps partiel ou les écarts de salaires, etc. « Le féminisme est politique » , tranche Caroline De Haas, ex-porte-parole d’Osez le féminisme, également conseillère de Benoit Hamon au Parti socialiste. La co-fondatrice de l’association, théoriquement mise « en retrait » du mouvement du fait de son engagement auprès de Martine Aubry pour la primaire socialiste, est tout de même chargée de conclure une soirée « réussie » .

Mais les militantes insistent : Osez le féminisme n’est pas une antenne du parti socialiste. « Nous avons des militantes qui ont rejoint le PS , concède Patricia Perennes, postée à la sortie de la salle sous un haut-de-forme en plastique, une tirelire dans la main. Mais nous en avons d’autres – dont on parle moins – à EELV et au PG. Pour nous, il ne peut y avoir de féminisme sans intervention publique, il y a donc forcément une vision de gauche. »

Couacs

Le joyeux moment politique, entrecoupé de sketchs ou de petits concerts, connaît ses moments de tension. Par deux fois, les activistes de l’« Assemblée générale des féministes et des lesbiennes contre l’impunité des violences masculine », interrompent bruyamment l’intervention de François Hollande, jetant des tracts sur la foule en criant :
« DSK partout, justice nulle part ! »
Elles seront reconduites vers la sortie.

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L’intervention impromptue d’Yvette Roudy perturbera aussi un court instant l’assemblée. L’ancienne ministre socialiste des Droits de la femme, premier maroquin du nom en 1981, cède à la ferveur de la salle qui scande son nom et se fend d’une courte déclaration sous le regard gêné de François Hollande : il faut insister, dit-elle, sur l’inflation des violences sexistes et les combattre fermement… « dans les banlieues » . Malaise dans la salle et précisions à la sortie : « La violence n’existe pas que chez les pauvres et n’est pas le fait des banlieues ou des milieux populaires… », rassure Patricia Perennes.

Au terme d’une soirée animée, le bilan est malgré tout positif. Avec une pointe d’euphorie dans les discours : «Nous pourrons dire dans dix ans que nous y étions, à la Cigale, en 2012» , se réjouit une militante au micro.
Avant de se quitter, les 45 associations du collectif « Féministes en mouvements » se sont donné rendez-vous les 30 juin et 1er juillet pour poursuivre le renouveau du mouvement féministe. En attendant, elles préviennent les candidats : « Nous seront là pour vous rappeler vos engagements ou vos silences éventuels ! »

Société
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