Impact inconnu

Deux ans après la marée noire dans le Golfe du Mexique, les conséquences environnementales sont mal cernées.

Politis  • 19 avril 2012 abonné·es

Le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon explose au large de la Lousiane, à la suite d’une énorme fuite dans un forage profond. Onze personnes sont tuées et près de 780 millions de litres de pétrole déversés dans le golfe du Mexique. Deux ans plus tard, les touristes sont de retour sur les plages de sable blanc, et l’on semble s’y baigner sans appréhension. Tout juste faut-il éviter de temps à autre une boulette de pétrole. En réalité, de nombreux signes indiquent que la pollution est bien présente, et que les conséquences environnementales de la catastrophe sont loin d’être cernées.

L’intérêt médiatique a considérablement chuté pour cette marée noire, la plus importante de l’histoire des États-Unis. Même la dernière assemblée générale des actionnaires de BP, l’exploitant de la plateforme, s’est déroulée à faibles heurts, contrastant avec l’interpellation houleuse des dirigeants l’an dernier par une centaine de victimes en colère.

Plusieurs études biologiques montrent pourtant que les chaînes alimentaires ont été touchées de bout en bout. Selon des prélèvements, le plancton a été contaminé par les hydrocarbures jusqu’à 180 kilomètres du site de la catastrophe, des colonies de coraux sont mortes, des esturgeons de rivières côtières présentent des ruptures d’ADN suspectées d’avoir été provoquées par l’exposition aux hydrocarbures, des maladies affectant les poissons ont vu leur taux croître dans les régions touchées, le nombre d’affections et de décès affectant certains dauphins a explosé…

Sur les plages, des analyses fines révèlent des traces d’hydrocarbures indétectables à l’œil nu, avec des conséquences inconnues pour les baigneurs. Dans les semaines après l’épanchement sous-marin, d’énormes quantités de produits dispersants avaient été déversées, diluant les nappes et masquant la présence de l’huile noire.

Sur le littoral, en dehors des plages, il reste en revanche de très nombreuses traces visibles, sur plus de 300 kilomètres de côtes. Mais dans cette région de bayous, il semble plus préjudiciable de nettoyer que d’espérer une digestion par l’écosystème. Là encore, l’impact à long terme est donc inconnu.

La justice est sur le point de valider l’accord amiable intervenu en mars dernier entre BP et un consortium de victimes – particuliers, pêcheurs, restaurateurs, hôteliers… –, pour le règlement de 7,8 milliards de dollars de dommages. Mais le gros de la bataille judiciaire est à venir, avec les plaintes du gouvernement fédéral, d’agences fédérales, des cinq États de l’Union qui sont touchés, sans oublier les démêlés de BP avec ses partenaires industriels sur le forage, Transocean, propriétaire de la plateforme, et Halliburton, responsable de l’obturation du puits. Le pétrolier britannique avait provisionné quelque 40 milliards de dollars en 2010 pour éponger l’ensemble des factures prévisibles de l’affaire. Ce qui ne l’a pas empêché de renouer très rapidement avec les bénéfices : près de 24 milliards de dollars en 2011…

Écologie
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