Quand France 2 se met à la télé-réalité politique…

Peu d’infos intéressantes sont sorties de l’acte 2 de « Des paroles et des actes », hier. Calquée sur le principe de la télé-réalité, l’émission de France 2 a surtout donné à voir une politique réduite au spectacle…

Pauline Graulle  • 13 avril 2012
Partager :
Quand France 2 se met à la télé-réalité politique…

« Ils sont dix,* [dimanche] ils ne seront plus que deux » , dit David Pujadas, l’air grave.** Non, vous ne regardez pas « Koh Lanta »… Mais l’émission politique la plus en vogue du moment ! A dix jours du premier tour de la présidentielle, le dispositif de « Des paroles et des actes », émission diffusée mercredi et hier soir sur France 2, a de quoi surprendre : un présentateur vedette, souriant, et toujours bronzé (David Pujadas), un plateau où l’on parle de problèmes aussi importants que la dette, l’immigration, et le conflit israélo-palestinien en « 16 minutes 34 secondes » top chrono – le cadran à quartz est un élément majeur de la déco. Et, comme dans toute bonne émission de télé-réalité, une caméra embarquée dans les coulisses et flanquée d’un commentateur scotché à son micro pour nous faire vivre en direct-live « l’atmosphère » dans les vestiaires. En l’occurrence, guère passionnante : Jean-Luc Mélenchon pianotant sur un ordinateur portable et Nicolas Sarkozy paradant dans un couloir…

« De belles conneries »

Ajoutez à ce cocktail télévisuel Jacques Cheminade, qui se fait interroger par des journalistes mi-goguenards mi-interloqués sur son « programme de l’espace » et les dangers des astéroïdes… Mais aussi Mélenchon sommé de s’expliquer sur… des images de Georges Marchais datant de plus de trente ans ! Ou encore cette photo d’Omar Sy, au sourire désarmant, affichée sur l’écran géant pour illustrer la mesure du Front de gauche de plafonner les revenus à 30 000 euros par mois. Taxer l’un des acteurs les plus populaires de France, qui a gagné 200 000 euros mensuels l’an dernier. Pujadas lance un regard implorant à Mélenchon : « Vous n’auriez pas d’état d’âme ? »

Cerise sur le gâteau, on avait invité pour conclure le « Baffie » de la politique. Dans le rôle du tonton flingueur survitaminé des petits candidats, Franz-Olivier Giesbert, le patron du Point , a trouvé que ceux qui refusent l’austérité disent « de belles conneries » . Pour lui, Eva Joly est « une erreur de casting, on comprend rien de ce qu’elle dit, tout le monde s’en fout » . Jean-Luc Mélenchon a un « programme économique complètement dingue  […]  qui fait froid dans le dos » . Marine Le Pen en revanche… a « réussi à tenir le choc » et Sarkozy, « franchement bon jusqu’à présent, […] joue sur un registre tout à fait intéressant » . « Personne n’aurait pensé, même vous David Pujadas [la caméra fixe le présentateur du JT de France 2, connu pour être un intervieweur peu vindicatif du président, visiblement mal à l’aise, NDLR] qu’il serait à ce niveau » dans les sondages. « FOG » avait eu raison de prévenir, en préambule qu’il « fait preuve d’objectivité ».

Deux moments forts

De ce show télé un rien surréaliste, deux moments intéressants ont malgré tout réussi à émerger. Le premier quand on a vu Nicolas Sarkozy pris en flagrant délit d’intense malaise face à Fabien Namias rapportant, du bout des lèvres, les accusations portées la veille par Eva Joly sur le financement de ses campagnes. « Madame Joly, c’est qui ? C’est l’alliée de M. Hollande, c’est bien ça ? » , s’est énervé Sarkozy, avant d’opposer à ces « ragots, médisances, méchancetés  (…) le mépris le plus cinglant » . Un silence… qui en dit long !Dans un autre genre, Jean-Luc Mélenchon – qui a refusé de répondre à une question sur « Cuba-est-elle-une-dictature ? » en… sept secondes (!) – a réussi un exploit : évoquer le nouveau produit financier de spéculation sur les dettes souveraines autorisé par le gouvernement, qui sera lancé le 16 avril, dont il a averti qu’il allait « nous étrangler un peu plus » . Pour Jean-Luc Mélenchon, tapez 2 !

Politique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Entretien • 15 octobre 2026

« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »

Raphaël Glucksmann est sorti large vainqueur de la primaire « de la gauche socialiste et démocratique ». Conséquence, le Parti socialiste n’aura pas de candidat propre pour la présidentielle 2027. Le résultat divise déjà au sein de la formation. Une situation dont le premier secrétaire, Olivier Faure, sort affaibli.
Par Névil Gagnepain
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Analyse • 15 octobre 2026 abonné·es

Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient

1 500 communistes ont annoncé le 14 octobre leur ralliement à la candidature du leader insoumis. En parallèle, la victoire de Raphaël Glucksmann lors de la primaire socialiste provoque des remous chez les militants de gauche et semble acter une bipartition de la campagne. 
Par Névil Gagnepain
Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture
Politique • 12 octobre 2026 abonné·es

Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture

Le candidat Renaissance et de La France insoumise à la présidentielle ont respectivement tenu meeting à Lyon samedi 10 octobre et près de Clermont-Ferrand dimanche 11, sur fond de mobilisation lycéenne. Alors que l’ancien Premier ministre défend une ligne fondée sur l’autorité et les devoirs, le leader insoumis dénonce le bilan éducatif des gouvernements macronistes.
Par William Jean et Névil Gagnepain
Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?
Politique • 9 octobre 2026 libéré

Raphaël Glucksmann veut-il tuer le PS ?

Ce 12 octobre, le coprésident de Place publique a remporté la primaire sociale-démocrate octobre, en glanant 66,17 % des 120 000 votants en ligne. Une question brûlante a animé les derniers jours de campagne : sa victoire serait-elle synonyme de la fin du parti à la rose ?
Par Névil Gagnepain