Budget de la Sécu adopté : grâce aux socialistes, Lecornu évite le crash politique

Après des semaines de négociations, le premier ministre franchit, de peu, le mur parlementaire. Le « moine soldat » de la Macronie doit désormais gravir la montagne du budget de l’État.

Lucas Sarafian  • 9 décembre 2025 abonné·es
Budget de la Sécu adopté : grâce aux socialistes, Lecornu évite le crash politique
Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 9 décembre.
© Alain JOCARD / AFP

Tenir. Tenir coûte que coûte. Sébastien Lecornu doit être pris d’un grand vertige en regardant le Palais Bourbon ce 9 décembre. Après des semaines de négociations de couloirs, de tambouilles parlementaires, de débats exténuants, le premier ministre sait que l’Assemblée nationale peut décider de son destin. Encore une fois. Nommé il y a trois mois, il n’avait qu’une seule mission : faire adopter le budget.

Entretemps, il a démissionné avant d’être renommé, de promettre qu’il n’utiliserait pas le 49.3 et de rendre tout le pouvoir au Parlement. « Ce que je vous propose, c’est de trouver un chemin commun malgré les divergences, disait-il dans l’hémicycle le 14 octobre, jour de son discours de politique générale express. Le gouvernement vous proposera, nous débattrons, vous voterez. » Ce soir, c’est le grand soir : les députés votent solennellement sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Moment de vérité. Car si le budget de la Sécu n’est pas adopté, le premier ministre pourrait-il vraiment rester à Matignon ? Il y a péril en la demeure. Personne ne sait de quel côté la pièce va tomber. Les voix se comptent. Une par une. Depuis son arrivée à Matignon, l’ex-ministre des Armées a su gagner du temps, grâce à des socialistes qui ont accepté de discuter avec ce gouvernement pourtant agrippé aux grands dogmes du macronisme. « Il est efficace, pragmatique, il évite les grandes déclarations, estime un négociateur socialiste. Il aura mouillé la chemise, il se sera donné. »

Il y a deux mois, Olivier Faure et ses troupes demandaient l’abandon du 49.3, l’intégration de la taxe Zucman et la suspension de la réforme des retraites. Aujourd’hui, la copie leur paraît loin d'être idéale mais ils estiment avoir arraché quelques victoires : le décalage de la réforme des retraites, le renoncement du doublement des franchises médicales, une petite hausse de la CSG sur le patrimoine…

Suffisant pour voter en faveur de ce PLFSS. « Oui, un groupe d’opposition vote contre. Mais nous avons obtenu la suspension de la réforme des retraites, la suppression de l’année blanche, l’augmentation de l’Ondam… Objectivement, ce n’est pas la copie de Lecornu », se défend Romain Eskenazi, porte-parole du groupe socialiste.

Le pari des roses est hautement risqué. « Oui, on est dans une situation difficile, dans une crise politique. J’entends que l’on fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut. Mais je n’arrive pas à voir la stratégie globale. Cette décision donne l’impression qu’on est dans la majorité, qu’on donne notre confiance à des gens qui n’en ont pas pour la gauche », regrette Charlotte Picard, membre du bureau national du PS et représentante de l’aile gauche du parti.

« C’est très inédit à l’Assemblée nationale : se parler, faire des suspensions de séance, discuter… Il y en a qui ne supportent pas ce nouveau mode de fonctionnement. C’est ainsi. Nous, dès le début, nous avons fait le choix de la responsabilité », expliquait le socialiste Jérôme Guedj, dans la nuit du 4 au 5 décembre.

Je n’arrive pas à voir la stratégie globale. Cette décision donne l’impression qu’on est dans la majorité.

C. Picard

Convaincus que précipiter une dissolution permettrait quasi mécaniquement à Jordan Bardella d’accéder

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