« J’ai honte de ce que j’ai fait » : devant la justice antiterroriste, les premiers procès des Françaises de Daech rapatriées

Ces Françaises ont vécu presque dix ans en Syrie. Elles sont restées dans les rangs de l’État Islamique jusqu’à la chute de l’organisation terroriste et ont ensuite été détenues pendant plusieurs années dans des camps. La France les a finalement rapatriées avec leurs enfants. Aujourd’hui, ces mères de famille comparaissent devant la cour spéciale d’assises de Paris.

Céline Martelet  • 15 décembre 2025 abonné·es
« J’ai honte de ce que j’ai fait » : devant la justice antiterroriste, les premiers procès des Françaises de Daech rapatriées
© Tingey Injury Law Firm / Unsplash

Dans le box des accusés, Lucie C. se tord les doigts et semble vouloir disparaître. Depuis jeudi 11 décembre, la Française originaire de Vesoul est jugée pour association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des attentats, et pour soustraction à ses obligations légales compromettant la santé, la sécurité de ses enfants. Des faits passibles de trente ans de réclusion criminelle.

Le 7 septembre 2014, après plusieurs mois de basculement dans une idéologie radicale, la mère de famille et son mari Omer Y. quittent la Haute-Saône pour rejoindre l’État islamique en Syrie. Ils amènent avec eux leurs deux enfants, dont une fillette âgée d’à peine treize mois. Le frère de Lucie C., sa femme et d’autres jeunes Vésuliens font partie du voyage. Onze années plus tard devant la cour d’assises spéciale, Lucie C, 38 ans, s’excuse souvent de ne pas trouver les mots pour répondre aux questions des magistrats, mais elle l’assure : "Aujourd’hui, j’assume ce que j’ai fait, je ne dis plus que c’est la faute de mon frère, de mon époux, non c’est moi !"

Une fois arrivée à Raqqa, devenue capitale de l’organisation terroriste, Lucie C. s’installe dans une belle maison spoliée par Daech à des Syriens. Elle envoie fièrement des photos à son père. Elle essaie de recruter d’autres femmes. "À ce moment-là, la vie que vous aviez là-bas vous convenait ?" lance le président de la cour d’assises spéciale. "Oui", répond l’accusée. Sur place, elle accouche d’une fille. Et puis les frappes aériennes de la coalition internationale s’intensifient.

En 2017, Raqqa est assiégée au sol par les Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes. "J’ai compris alors que je risquais de mourir avant je n’en avais pas conscience" souffle Lucie C. en baissant la

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Police / Justice
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

« Elle s’est fait ça toute seule ! » : devant la justice, la petite musique des agresseurs poursuivis pour violences conjugales
Reportage 23 juin 2026 libéré

« Elle s’est fait ça toute seule ! » : devant la justice, la petite musique des agresseurs poursuivis pour violences conjugales

Chaque jour, partout en France dans les tribunaux correctionnels sont jugés des centaines de dossiers de violences conjugales, de harcèlements, de contrôle coercitifs… Mis en cause, en majorité : des hommes de tous âges et de toutes classes sociales. Qui adoptent souvent le même système de défense.
Par Céline Martelet
Sandrine Rousseau : « Il faut penser au-delà de ce système judiciaire qui va exploser »
Vidéo 23 juin 2026

Sandrine Rousseau : « Il faut penser au-delà de ce système judiciaire qui va exploser »

La députée écologiste veut mettre l’accent sur le continuum des violences et la manière dont la société toute entière peut y répondre.
Par Salomé Dionisi
Perpétuité, castration chimique : face aux outrances, le féminisme anticarcéral veut se faire entendre
Idées 23 juin 2026 abonné·es

Perpétuité, castration chimique : face aux outrances, le féminisme anticarcéral veut se faire entendre

Après le meurtre de la petite Lyhanna, les responsables politiques multiplient les propositions répressives. À rebours de cette surenchère pénale, le féminisme abolitionniste interroge l’efficacité de la prison et pense une justice alternative pour s’attaquer aux racines structurelles des violences.
Par Juliette Heinzlef
Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »
Reportage 9 juin 2026 abonné·es

Violences policières : à Évin-Malmaison, « ils nous ont massacrés »

Le 4 avril, un policier a étranglé Zakariyya lors de son interpellation à son domicile dans une petite ville du Pas-de-Calais. Ses parents, ses frères et ses sœurs ont assisté à la scène, qu’ils ont filmée. Tous sont traumatisés et veulent “être entendus”.
Par Pauline Migevant et Maxime Sirvins