Rigourons un peu (avec Jean-Marcel)

Sébastien Fontenelle  • 28 juin 2012 abonné·es

Si que tu dis partout que t’es de gauche, mais qu’en même temps tu fais comme fait toujours la droite, mais en disant que comme t’es de gauche c’est pas du tout pareil que si que tu faisais comme la droite fait toujours, alors qu’en vrai, si ?
Tu peux [^2].
Cela, c’est Jean-Marcel Bouguereau, éditorialiste chez Nouvelobs.com, qui le dit – chez Nouvelobs.com, donc [^3].

Bien sûr , il ne le dit pas exactement comme ça – le gars n’a pas non plus fait pour rien de looongues études, genre presse dominante + 20 (avec en plus une UV de culture générale et une autre de sergejuly) : il te balance
de la belle et bonne phrase coulée, fluide comme, disons, le paquet de margarine que t’avais sottement oublié sur le bord de ta fenêtre, la dernière fois qu’il a fait canicule [^4].

En résumé, Jean-Marcel a lu, dans le Figaro , de Serge Dassault [^5], que « la gauche, pour tenir ses objectifs de baisse de déficits publics, s’apprête à mener une politique tout aussi sévère » que celle de Sarkozy [^6], et ça ? Ça nous l’a carrément énervé, le Jean-Marcel.

Plus précisément, ce qui lui a mis des winnies de 2,50 mètres de diamètre, à Jean-Marcel, c’est que le Figaro n’ait pas encore compris (alors que ça fait quand même vingt ans que le Nouvel Observateur le répète toutes les semaines) qu’il y a « une rigueur de droite et une rigueur de gauche » , et que, bien évidemment, c’est pas du tout les mêmes, allons, allons, qu’allaistu zencore t’imaginer là, triste réactionnaire ?

La rigueur de droite, explique (en substance) Jean-Marcel, c’est quand Jean-Pierre Raffarin se penche vers toi et te susurre dans l’oreille, de sa chuintante voix de crécelle conservatrice : « Je vais te réformer ta retraite, et tu iras beaucoup mieux. »

Alors que la rigueur de gauche, qui est, à la différence de celle de Jean-Pierre Raffarin, « socialement juste » (écrit Jean-Marcel), c’est quand Pierre Moscovici te tient par la barbichette et te répète, jusqu’à ce que tu ries, que non, bien sûr, il ne va pas te réformer la retraite, as-tu oublié qu’il est socialiste ? (Mais que, toutefois, si par négligence tu n’as pas déjà cotisé pendant 435 annuités, il va quand même te l’éroder un peu sur les bords, rien de violent, hein, mais disons qu’il va te faire en six mois ce que Jean-Pierre Raffarin t’aurait fait en quatre – et ne voudrais-tu pas chanter « l’Internationale » avec lui ?)

C’est ce que le Medef aime, chez les éditorialistes de chez Nouvelobs , inc. : avec eux, la dévotion libérale prend des fois des airs de prise du palais d’Hiver.

La retraite, Moscovici va quand même te l’éroder un peu, mais rien de violent, hein.

[^2]: J’espère que tu aimes, quand je te prends bien la tête le jeudi matin au saut du lit ?

[^3]: Puisque c’est là qu’il éditorialistise, je viens de te le dire, ça serait quand même bien que tu suives un chouille, nom de Diue de blored de mreed.

[^4]: À ce propos : je sais pas chez toi, mais ici, à Paris, ça fait maintenant 4 263 jours qu’il pleut sans discontinuer, avec des fois des orages, et il m’arrive de me dire que ça devient limite gonflant.

[^5]: C’est plus fort que moi : quand j’écris ce billet le dimanche, je versifie.

[^6]: Qui se prononce, je te rappelle, « charkeuziye ».

Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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