La vie dans un centre fermé
Au CEF de La Rouvelière, près du Mans, l’équipe éducative a six mois pour responsabiliser des mineurs multirécidivistes.
dans l’hebdo N° 1223 Acheter ce numéro
C’est un petit manoir en béton, caché derrière les arbres qui longent la Sarthe à Allonnes, à quelques kilomètres du Mans. Le centre éducatif fermé (CEF) de La Rouvelière se dresse derrière une clôture de ferraille de deux mètres de haut, surveillé par deux caméras. Douze mineurs de 16 à 18 ans sont placés là par le juge des enfants, pour six mois renouvelables. La plupart attendent un jugement pour des délits en récidive ou des crimes, en « contrôle judiciaire » depuis leur sortie de garde à vue. Ils encourent au minimum cinq ans d’emprisonnement pour des cambriolages, des vols ou des violences avec armes. D’autres sont placés ici en « mise à l’épreuve » à l’issue d’un jugement, ou en aménagement de peine après un passage en prison. « Ce sont des patates chaudes pour les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Ils ne savent plus quoi en faire », résume Ben-Insa Daroueche, chef de l’équipe d’éducateurs de La Rouvelière.
Les adolescents vont et viennent sans entraves dans le bâtiment. Ils se toisent, provoquent parfois les adultes en mimant des coups, poing ou pied levé vers leur visage. L’ambiance reste amicale, mais elle peut rapidement se tendre. « Ce sont des jeunes assez durs, raconte Mustapha Labzae, directeur du centre. La réponse doit être très rapide au moindre problème, sinon ils sont perdus, ils cherchent la limite, ils angoissent et cela peut chauffer. » Les premières semaines de placement sont donc dédiées à un recadrage musclé de ces mineurs « parfois complètement déstructurés », qui doivent (ré)apprendre le respect des règles. Après vingt-quatre heures de « dégagement », seuls dans un hôtel avec deux éducateurs, ils intègrent le centre sans aucun droit de sortie. « En arrivant, tu es déprimé », se souvient Jimmy [^2], placé ici en contrôle judiciaire après une quinzième affaire en récidive qui