Travail dissimulé, conditions « indignes » : les coulisses du e-commerce chinois

Selon les informations de Politis, Clear Express, une entreprise de logistique chinoise établie près de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, est poursuivie pour prêt de main-d’œuvre illicite, marchandage, conditions de travail « indignes » et emploi d’étrangers sans titre.

Pierre Jequier-Zalc  • 2 février 2026 abonné·es
Travail dissimulé, conditions « indignes » : les coulisses du e-commerce chinois
© DR

« L’exploitation dans les usines n’est ni accidentelle ni exceptionnelle : c’est une condition indispensable à la réussite économique de la “fast fashion”. » Ces conclusions de l’enquête menée par les deux ONG Action­Aid France et China Labor Watch avaient fait grand bruit à l’été 2025. Le document révélait les conditions de production particulièrement dégradantes et indignes des ouvriers et ouvrières de la fast fashion en Chine, notamment au sein du groupe Shein. Mais cette exploitation ne s’arrête pas aux frontières du pays de Xi Jinping. De ce système, les marchés européen et français, où les géants de l’e-commerce chinois se développent largement, ne sont pas exemptés.

Selon nos informations, une entreprise de logistique, qui reçoit les colis de ces entreprises sur le sol français, est poursuivie pour une liste de délits longue comme le bras : emploi d’étrangers sans titre, prêt illicite de main-d’œuvre, « soumission de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions de travail indignes », violation des normes de sécurité, entre autres.

L’entreprise s’appelle Clear Express. Détenue par un fonds d’investissement hongkongais, elle s’est implantée, au printemps 2022, dans un immense entrepôt logistique de la zone de fret de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, à Tremblay-en-France. Son objectif ? Réceptionner les palettes de colis en provenance de Chine, notamment estampillés Shein et Temu selon des salariés de Clear Express, ce que conteste la seconde entreprise qui affirme à Politis « n'avoir jamais travaillé avec Clear Express ». 

Une fois sur le sol français, les palettes sont reconditionnées pour les charger dans des camions et les livrer partout sur le territoire (1). « Le boulot n’était pas compliqué. On dispatchait les colis venant de Chine et on les chargeait dans des camions », raconte Dieydi B., un ancien salarié, sans papiers, désormais licencié.

Un usage massif de l’intérim

Depuis quelques années, avec le développement très important de l’e-commerce, plusieurs entreprises chinoises s’implantent autour des zones de fret pour réaliser ces opérations logistiques. Chaque jour, ce sont des centaines de tonnes de produits qui arrivent par avion. Avec deux impératifs inhérents à l’ultra fast fashion : aller vite et réduire au maximum les coûts. Et pour cela, la recette magique s’exporte de Pékin à Paris : l’exploitation des travailleurs et travailleuses.

L’inspection du travail et la gendarmerie des transports aériens (GTA) ont effectué plusieurs contrôles entre 2023 et 2025 au sein de Clear Express. Leur enquête a abouti, fin 2025, à une fermeture administrative de soixante jours de l’entrepôt situé aux abords de l’aéroport (l’entreprise possède un autre entrepôt à Garonor, qui n’a lui pas été fermé administrativement).

Il y avait beaucoup plus d’intérimaires que de salariés en contrat.

N. Pereira

Contactés au sujet de l’ensemble des points de notre enquête, des responsables de Clear Express assurent que les faits rapportés les « surprennent et ne [leur] sont pas familiers ». Et d’ajouter : « À notre connaissance, [ces faits] ne correspondent ni à la situation actuelle de l’entreprise ni aux problématiques effectivement rencontrées. En l’état, les éléments mentionnés ne reflètent pas la réalité des faits tels que nous les connaissons. »

Avant de conclure que l’entreprise reste « bien entendu mobilisée pour apporter, dans le cadre des procédures en cours, l’ensemble des informations nécessaires aux autorités compétentes ». C’est en effet devant la justice pénale que l’entreprise devra s’expliquer. Une audience devant fixer la date du procès aura lieu le 13 février prochain au tribunal de

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