Le rire et l’effroi

La victoire inattendue de Jean-François Copé et le bon score de la motion « La droite forte » traduisent l’extrême droitisation de l’UMP.

Michel Soudais  • 22 novembre 2012 abonné·es

La démocratie n’est pas dans la culture de l’UMP. S’il était besoin, le scrutin organisé pour élire son président en a fourni la preuve. Dimanche, le grand parti de la droite avait prévu 650 bureaux de vote pour près de 180 000 votants – par comparaison, le PS en ouvre près de 3 000 pour 100 000 électeurs. Résultat : des files d’attente soviétiques et un « bordel généralisé », dixit Claude Goasguen. La suite est connue : cafouillages, irrégularités, contestations multiples, accusations de fraudes réciproques… Jean-François Copé, qui fait état de sa victoire sans attendre la proclamation du résultat par le comité d’organisation, François Fillon qui annonce la sienne.

Durant vingt-quatre heures, l’UMP a donné ses divisions en spectacle et fait se gondoler plus de la moitié de la France. Faute de pouvoir trancher les différends entre les deux camps, la commission électorale optera pour valider les résultats de tous les bureaux de vote contestés. Que le meilleur fraudeur l’emporte ! Jean-François Copé, qui a fait toute sa campagne sur la ligne d’une « droite décomplexée » en recourant aux formules choc ( « racisme anti-Blancs », appel à manifester), gagne à l’arraché, de 98 petites voix sur 174 678 suffrages exprimés. Au rire succède l’effroi. Car la victoire du député-maire de Meaux, vainqueur surprise du scrutin face à un François Fillon donné largement favori dans les sondages auprès des sympathisants UMP, consacre l’extrême droitisation de la principale formation de la droite.

« Nos adversaires, ils sont à gauche », proclame aussi sec le nouvel élu, citant « les socialistes, les communistes, les verts, les mélenchonistes ». Le Front national n’est jamais cité. Ni par lui ni par ses soutiens qui se succèdent sur les chaînes d’info. Le résultat du vote sur les motions, qui se déroulait le même jour, confirme cette inquiétante évolution initiée par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle. Des six orientations en concurrence, « La Droite forte » emmenée par Guillaume Peltier (ex-FN) et Geoffroy Didier, deux trentenaires cornaqués par Patrick Buisson, le conseiller de Sarkozy venu du maurassisme, arrive en tête avec 27,5 % environ. Les derniers gaullistes, regroupés autour de Michèle Alliot-Marie, recueillent 12,8 %. Un score résiduel.

Politique
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