« Les Invisibles », de Sébastien Lifshitz : « La volonté absolue d’être libre »
À travers l’histoire d’homosexuels âgés, Sébastien Lifshitz retrace l’évolution de la société française des soixante dernières années.
dans l’hebdo N° 1229 Acheter ce numéro
Sébastien Lifshitz était en montage de son prochain film – un documentaire pour la télévision – et entre deux avant-premières des Invisibles lorsqu’il nous a accordé cette interview. Malgré cet emploi du temps mouvementé, le cinéaste a répondu posément à nos questions, sans stress apparent, et avec une rigueur élégante.
Commençons par l’actualité. Les homosexuels que vous avez filmés ne parlent jamais de mariage ou d’adoption. Pourquoi ?
Sébastien Lifshitz : En moyenne, les témoins du film ont de 75 à 80 ans. La question du mariage et de l’adoption d’un enfant n’est pas d’actualité pour eux, ce qui ne serait évidemment pas le cas s’ils étaient plus jeunes. Encore que Yann et Pierre, qui ont entre 60 et 70 ans, m’ont dit que, si la loi passait, ils se marieraient. Cela représente pour eux une forme d’aboutissement à leur amour de plus de trente ans. Mais, plus largement, la génération de ces témoins a un rapport ambivalent à la question du mariage et de l’adoption. Parce qu’ils ont dû lutter pour faire accepter les choses les plus élémentaires sur leur homosexualité. Cette lutte s’est faite en opposition à un modèle sociétal ultra-conservateur et patriarcal. Que des homosexuels aujourd’hui demandent au contraire à se fondre