Nos quartiers s’enfoncent dans la crise

Le rapport annuel de l’Observatoire des zones urbaines sensibles, présenté ce vendredi 16 novembre, confirme l’aggravation des inégalités entre les quartiers populaires et le reste de la France.

Erwan Manac'h  • 16 novembre 2012
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Nos quartiers s’enfoncent dans la crise
Photo : AFP / Fred Dufour

L’Observatoire des zones urbaines sensibles (Onzus) a rendu vendredi 16 novembre son rapport annuel. Il apporte un éclairage sur une réalité accablante : avec la crise, la situation sociale se durcit dans les quartiers.

Dans les 751 quartiers identifiés comme « sensibles », le taux de chômage est non seulement élevé, mais ils s’accroit plus vite que la moyenne nationale. Il est passé de 21,9 % en 2010 à 22,7 % en 2011 en Zus, alors qu’il stagne autour de 9,5 % dans les agglomérations alentour. Par ailleurs, une personne sur quatre s’estime victime de discrimination dans ces quartiers, en raison de leur couleur de peau ou de leur origine.

La situation est particulièrement grave chez les 15-25 ans : 40,4 % sont au chômage.

L’Onzus montre aussi un creusement des inégalités entre les quartiers populaires et les villes auxquelles ils appartiennent. Le taux de pauvreté (part des personnes vivant avec moins de 964 euros par mois) est passé en Zus de 30,5 % en 2006 à 36,1 % en 2010. Sur la même période, il n’a progressé que de 11,9 % à 12,6 % en dehors de ces quartiers.

Ces écarts sont aussi criants chez les mineurs. En 2011, 1 enfant résidant en Zus sur 3 est bénéficiaire de la Couverture maladie universelle complémentaire (prise en charge à 100 % sous conditions de ressources), contre 1 sur 6 dans les villes auxquelles elles appartiennent.

Les femmes plus durement touchées

La crise a provoqué un changement de tendance : pour la première fois en cinq ans, le chômage des femmes dépasse celui des hommes. Les femmes sont plus massivement concernées par les emplois précaires et à temps partiels, en dépit de leurs scolarités tendanciellement « moins chaotiques que les garçons », indique le rapport. Mères seules ou femmes au foyer dans des familles nombreuses, elles subissent, selon l’Onzus, le « poids des structures familiales ». On compte ainsi 20,5 % de familles monoparentales en Zus, parmi les allocataires de la Caisse d’allocation familiale, contre 15,4 pour l’ensemble de la France métropolitaine[^2].

Le rapport explique aussi ce constat par une « orientation au lycée » des jeunes filles «  vers des filières ne favorisant pas leur accès au marché du travail » .

Autre signe d’inquiétude, l’Onzus observe en 2011 un net ralentissement économique dans les Zones franches urbaines (ZFU), qui appliquent pourtant une fiscalité avantageuse dans des quartiers « sensibles ». Entre 2010 et 2011, 322 entreprises se sont implantées en ZFU. Un chiffre historiquement bas, qui traduit un ralentissement plus important que dans les villes comprenant ces zones franches.

« C’est la première fois que les effets de la crise économique sont si manifestes. Les ZFU les plus anciennes accusent le ralentissement le plus important  [^3] », constate l’Onzus.

Inégalités d’orientations scolaires

Les chiffres de l’Éducation nationale, un brin moins alarmants, témoignent également d’inégalités importantes entre les territoires. 31,1 % des enseignants dans les Zus ont moins de deux ans d’expérience, mais leur proportion tend à diminuer (-2,6 points en 6 ans) et se rapproche du niveau national (29,4%). L’Onzus relève des « efforts des pouvoirs publics en matière d’éducation prioritaire » qui se concrétisent par une stabilisation du nombre d’élèves par classe (20 élèves en Zus contre 22,7 hors Zus) et par une dotation horaire supérieure dans les collèges en Zus.

En revanche, la répartition des orientations reste nettement différente pour les élèves résidants dans les quartiers populaires par rapport à l’ensemble de la population française :

Ces statistiques ne doivent pourtant pas faire oublier la démographie très dynamique de ces quartiers, qui se paupérisent au rythme des départs de la population la plus aisée, remplacée par des foyers plus fragiles[^4].

La « banlieue» n’est pas un « tout » homogène

L’Onzus souligne aussi ses différences sociales importantes selon les quartiers. En 2011, la part des allocataires du RSA varie du simple au double selon les Zus. Le revenu médian annuel des 10 % de Zus les plus aisées était, en 2009, près de deux fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres (13 986 € annuel contre 7 292 €).

Les discours et les analyses « laissent trop souvent imaginer que ces quartiers forment un « tout» homogène, distinct du reste des agglomérations qui les accueillent , déplore l’Onzus. Il n’en est rien : [ils] sont divers [et] inscrits dans des territoires aux caractéristiques particulières. » 

Consutler le rapport 2012 de l’Onzus sur Mediapart


[^2]: À 25 ans, près de 25 % des femmes de Zus vivant hors de chez leurs parents ont au moins un enfant, contre 10 % dans les villes alentour.

[^3]: -83 établissements entre les 1er janvier 2010 et 2011 en ZFU de première génération

[^4]: C’est ce que prouve notamment selon l’Onzus une étude du « Panel politique de la ville », qui suit sur quatre ans 1830 ménages.

Société
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