L’austérité sans le dire

La Modernisation de l’action publique affiche les mêmes ambitions de réduction drastique des déficits publics que la RGPP.

Thierry Brun  • 20 décembre 2012 abonné·es

Jean-Marc Ayrault en a changé les mots : la Révision générale des politiques publiques (RGPP) de Nicolas Sarkozy a laissé place à la Modernisation de l’action publique (MAP). Et le premier comité interministériel formel, présidé par le Premier ministre, le 18 décembre, a précisé la méthode pour réformer l’État et faire passer la pilule de l’un des budgets les plus rigoureux qu’ait jamais connus la France.

Officiellement, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’État, a indiqué que la MAP est l’occasion d’adopter un « plan de simplification et d’allégement des normes applicables aux collectivités et aux entreprises » et d’arrêter « un programme de simplification des démarches administratives ». Il s’agit aussi d’évaluer les politiques publiques pour « en améliorer l’efficacité », de « proposer à l’usager et au citoyen une administration plus simple, plus proche et plus transparente » et de travailler en concertation avec les syndicats. Mais l’objectif de la réforme de l’État est identique à celui de la précédente. Jean-Marc Ayrault a maintenu le cap de la réduction des dépenses de l’État fixée par le précédent gouvernement : 10 milliards d’euros d’économie courant 2013, et pas moins de 7 à 8 milliards d’économies supplémentaires à l’horizon 2014. Et ce pour financer en grande partie le Crédit d’impôt compétitivité et emploi (CICE) destiné aux entreprises. Pour tenir la promesse de respecter coûte que coûte la règle d’or du traité budgétaire européen, et donc de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013, la modernisation s’effectuera dans la continuité des politiques d’austérité. Elle a, de plus, élargi le champ d’application de la RGPP à la fonction publique territoriale et hospitalière.

La politique de non-remplacement de fonctionnaires partant en retraite se poursuivra, avec pour conséquences la disparition de services publics et le creusement des inégalités. L’engagement d’embaucher en cinq ans 65 000 professeurs, policiers et juges se traduira par une réduction des effectifs dans cette même proportion, mais ailleurs. Selon les chiffres du ministère du Budget, cela suppose 2,5 % de réduction d’effectifs dans les ministères « non prioritaires ». Soit un peu plus que ce qu’avait fait le précédent gouvernement.

Politique
Temps de lecture : 2 minutes

Pour aller plus loin…

« Ne nous trahissez pas » : à Paris, un rassemblement pour exhorter le NFP à gouverner
Mobilisation 18 juillet 2024 abonné·es

« Ne nous trahissez pas » : à Paris, un rassemblement pour exhorter le NFP à gouverner

Plusieurs dizaines de rassemblements, à l’initiative de la CGT Cheminots, se sont tenus ce jeudi partout dans l’Hexagone. À Paris, quelques milliers de personnes se sont déplacées pour demander la mise en place, au plus vite, d’un gouvernement du Nouveau Front populaire.
Par Pierre Jequier-Zalc
Derrière la fragile unité des gauches, le spectre de 2027
Analyse 17 juillet 2024 abonné·es

Derrière la fragile unité des gauches, le spectre de 2027

Au cœur des négociations comme en dehors, la question de la prochaine présidentielle traverse les esprits du Nouveau Front populaire.
Par Lucas Sarafian
Y aller ou pas ? La gauche unie face au dilemme du pouvoir
Analyse 17 juillet 2024 libéré

Y aller ou pas ? La gauche unie face au dilemme du pouvoir

En situation de majorité relative, le Nouveau Front populaire pourrait ne pas avoir assez de marge de manœuvre pour appliquer son programme de rupture. Il court le risque d’être disqualifié politiquement mais ne compte pas laisser passer une occasion de gouverner.
Par Lucas Sarafian
À gauche, face au RN, une nécessaire remise en question stratégique
Analyse 17 juillet 2024 abonné·es

À gauche, face au RN, une nécessaire remise en question stratégique

La relative victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives ne doit pas masquer un constat inquiétant. Le Rassemblement national continue de progresser et de s’ancrer. Pour contrer cette hausse, la gauche a tout intérêt à s’implanter localement dans les zones rurales. Pas simple.
Par Hugo Boursier