Sénégal : Pour que le grain revive
Subissant les aléas climatiques et les errements des politiques agricoles, de nombreux agriculteurs ont été dépossédés de la maîtrise de leurs semences. Ils se battent pour la regagner.
dans l’hebdo N° 1232-1234 Acheter ce numéro
Il y a quelques années, des chercheurs de l’Institut sénégalais de recherches agronomiques (Isra) se sont rendus chez Mamadou Camara, à Katob, près de Koussanar, dans l’est du pays. Ils avaient eu connaissance que ce paysan détenait d’intéressantes variétés traditionnelles dont ils n’avaient jamais entendu parler. Un certain maïs rouge, notamment. « Il donne en 70 jours seulement, précisément. Depuis le temps que je l’utilise, je le connais par cœur, commente Mamadou Camara, qui fait profiter ses voisins de son expérience. J’ai expliqué aux chercheurs qu’il me vient de mes ancêtres, émigrés de Guinée-Bissau en 1912. » Une variété hâtive très précieuse, alors que le dérèglement climatique chamboule tous les repères agricoles. La saison des pluies est devenue capricieuse, souvent en retard et de plus en plus courte. « Je ne dépends que de ma production, je n’achète jamais la moindre semence au magasin », poursuit l’agriculteur.
Au Sénégal, le monde paysan garde en mémoire la grande sécheresse du début des années 1970. La zone sahélienne, qui couvre le tiers nord du pays, est particulièrement touchée. La production de céréales et de légumineuses, base de l’alimentation rurale, s’effondre. Maïs, mil, sorgho, fonio, arachide, niébé : les paysans affamés ont mangé leurs réserves de