Drogue : une salle de consommation bientôt à Paris

Matignon a donné son feu vert, mardi 5 février, à l'ouverture d'une première salle de consommation à moindre risque. Une annonce saluée par les associations et une majorité des élus de gauche.

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Le 22 octobre dernier, Marisol Touraine, ministre de la Santé, avait annoncé que l’expérimentation de salles de consommation à moindre risque (SCMR) – souvent appelées abusivement et de façon réducteur « salles de shoot » – pourrait débuter « avant la fin de l’année 2012 » .

Depuis, les associations militant pour l’ouverture de ce type de dispositifs (Gaia, Médecins du Monde, Association française de réduction des risques, Auto-support d’usagers de drogues, Réseau français de réduction des risques, Safe, Act Up-Paris, Aides, SOS Hépatites, Fédération Addiction, Elus Santé publique et territoires, etc…) s’inquiétaient de ne rien voir venir du côté gouvernemental. À tel point qu’il y a quelques jours, le 4 février, l’ensemble de ces organisations ont publié un communiqué demandant que soit tenue « au plus vite la promesse des salles de consommation à moindre risque » .

Une première salle près de la gare du Nord à Paris

Le « feu vert » de Matignon est finalement arrivé le lendemain, 5 février. La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT), est chargée, sous le contrôle du ministère de la Santé, de mettre en œuvre l’expérimentation d’une première structure.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë s’est immédiatement « réjoui de cette décision » . Rémi Féraud, maire du Xème arrondissement, où celle-ci devrait s’implanter, près de la gare du Nord, a exprimé sa satisfaction de voir bientôt fonctionner un dispositif qui « fera progresser la santé publique et la sécurité publique » .

À droite, les réactions défavorables et caricaturales ne se sont pas faites attendre. Valérie Pécresse (UMP) a dénoncé à l’Assemblée nationale un dispositif « d’empoisonnement assisté » (sic), cependant que Nicolas Dupont-Aignan se demandait sur Tweeter « quand seraient ouverts des tronçons d’autoroutes réservés aux alcooliques » . Quant au député Gilbert Collard (FN), il s’est même demandé si seraient bientôt ouvertes « des salles pour le vol ou pour le viol »

Outre leur caractère outrancier, ces déclarations à droite montrent surtout une méconnaissance totale des résultats positifs – reconnus par toutes les enquêtes internationales – de ce type de dispositifs. Ils permettent non seulement de faire diminuer fortement les contaminations par le sida et les hépatites des usagers de drogues, mais aussi d’assurer la santé et la sécurité publiques des riverains des quartiers fréquentés par ces usagers les plus précarisés. En effet, ceux-ci ne consomment plus alors dans les cages d’escaliers, les toilettes publiques et les parkings souterrains…

À gauche, seule la sénatrice des quartiers nord de Marseille, Samia Gahli, s’est déclarée opposée aux SCMR, notamment dans Politis dans notre rubrique « Clivage » en décembre dernier.

Lire > Drogues : ouvrir des salles de conso ?

Des salles de ce type existent en Allemagne, au Canada, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Suisse, où l’extrême droite de l’UDC autrefois opposée à ces salles les soutient aujourd’hui fortement puisqu’elles évitent de « voir traîner des toxicomanes dans les rues » (sic).

À Genève, autour de la gare où se concentrent beaucoup d’usagers de drogues, l’implantation de Quai 9, une de ces structures, a largement transformé la vie du quartier, comme le montrait en 2009 un reportage d’Ingrid Merckx.

Lire > Quai 9 : une salle contre l’intox

Comme jadis pour le pacs, et sans aucun doute pour le mariage pour tous, il y a fort à parier que les oppositions aux SCMR deviendront extrêmement marginales d’ici quelques années, quand ces dispositifs de réduction des risques auront fait preuve de leur réussite, à l’instar de tous ceux déjà implantés à l’étranger.


Photo : AFP / CASTELLO-FERBOS / GODONG / PHOTONONSTOP

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