L’affaire Bertella-Geffroy

Politis  • 14 février 2013
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Dans moins de trois semaines, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy devra faire ses cartons et abandonner toutes les affaires dont elle a la charge, parfois depuis plus de quinze ans. La raison ? Un règlement lui impose une mutation, que le ministère de la Justice tient à voir appliquer.
Pour son entourage, l’occasion fait le larron : la magistrate est une enquiquineuse réputée auprès de ministres, de chefs d’entreprise, de hauts fonctionnaires. Depuis plus de deux décennies, elle est au cœur des plus importants dossiers de scandale sanitaire du pays – amiante, sang contaminé, hormone de croissance, retombées de Tchernobyl, Distilbène, vaccination contre l’hépatite B, vache folle… Dernière épinglée de marque à son tableau de mises en examen : Martine Aubry.

S’agit-il de sauver l’ex-première secrétaire du Parti socialiste ? Ce dessaisissement dépasse largement les péripéties de carrière de la juge. En grande partie à son corps défendant, elle est devenue le héraut de luttes interminables menées par des milliers de victimes, butant contre des pouvoirs qui se défaussent de leurs responsabilités et instruisent leur propre impunité. La juge est aussi devenue porte-étendard d’un droit pénal français quasiment inexistant en matière de santé publique. Une position de plus en plus ambivalente : si Marie-Odile Bertella-Geffroy, par sa ténacité, a utilement révélé les dysfonctionnements judiciaires soulevés par ce vaste et nouveau champ, son fonctionnement atypique et dérangeant l’a exposée à l’animosité. Isolée par son institution, la magistrate en est arrivée à concentrer entre ses mains un pouvoir de justicière considérable, qui interroge le caractère démocratique de l’institution judiciaire en France.
Enfin, l’affaire est politique : il revient à François Hollande de signer le décret de mutation de Marie-Odile Bertella-Geffroy. Son paraphe ne manquerait pas d’être interprété comme une allégeance indirecte à cette justice de classe qu’il a lourdement reprochée à son prédécesseur.

Photo : Coex / AFP
Temps de lecture : 2 minutes
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