Journée des femmes : sexistes, les communes ?

Le 8 mars, les droits des femmes sont à l’honneur. Dans le foisonnement d’initiatives mises en place par les communes, on trouve quelques perles. Florilège.

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Certaines mairies ont visiblement oublié le sens originel de la journée internationale des femmes. Instaurée en 1977 après une vague de manifestations féministes pour l’égalité des droits, elle était avant tout pensée comme une journée de lutte. Pourtant, dans l'avalanche de manifestations organisées pour le 8 mars 2013, on trouve quelques stéréotypes des plus grossiers. Un court florilège, en cinq actes. 

De prime abord, la ville de Nice semble bien partie, puisque son communiqué s’adresse aux «  femmes en grande précarité  ». Quelques lignes plus bas, ça coince. «  L’objectif de cette journée (…) c’est aussi leur permettre de se réapproprier leur image, de se redécouvrir une féminité devenue secondaire face aux préoccupations de survie  ». Comment se réapproprier sa féminité ? Nice a prévu de nombreux ateliers à cet effet : coiffure, maquillage, manucure, henné, fabrication de cosmétiques… Autrement dit, si t’es pauvre, sois au moins belle.

Au Petit-Bourg (Guadeloupe), la mairie met les pieds dans le plat. Elle ne s’encombre pas de « l’excuse » de la précarité pour perpétuer les clichés sexistes. Ses ateliers, c’est : maquillage, onglerie, coiffure et… couture ! Celui-là, on l’avait oublié. Comme quoi, même les vieux préjugés ont la vie dure. 

Illustration - Journée des femmes : sexistes, les communes ? La mairie de Condé-sur-L’Escaut (Nord), elle, donne d’emblée la couleur. L’affiche du programme est… rose. Rose, avec de jolies femmes qui rient. Celles-ci sont à coup sûr ravies par les ateliers proposés : beauté, poterie, dentelle. De quoi d’autre pourraient-elles donc rire ? Certainement pas des 130 millions de femmes mutilées sexuellement chaque année dans le monde. Ou encore des 75 000 femmes violées chaque année en France.

« Transformez votre séance ménage en séance sportive »

Mais tout cela ne vaut pas le dossier «  Journée mondiale de la femme  » du journal de la ville de Puteaux. Un dossier tout de rose vêtu. Après quelques papiers respectables, notamment sur les violences conjugales, la ville de Puteaux (Hauts-de-Seine) nous rédige un article intitulé : «  Simplifier la vie des femmes  ». Et là… Marie-Claire peut aller se rhabiller, avec ses sacro-saints conseils minceur. Illustration - Journée des femmes : sexistes, les communes ? Car Puteaux a trouvé plein d’astuces pour que nous, femmes, nous restions minces et galbées : « Tonifiez-vous : terminez votre douche par un jet frais sur les membres inférieurs  ». Oui, autrement dit : torturez-vous. «  Transformez votre séance ménage en séance sportive   : pour un maximum d’efficacité, accroupissez-vous et relevez-vous en serrant les abdominaux  (…) Faites vos courses : tenez vos sacs ou vos packs d’eau à bout de bras en contractant les abdominaux  ». Et ce n’est qu’une maigre sélection des conseils les plus risibles. 

Pour finir en apothéose, rendez-vous à la ville de Bezons (Val-d'Oise). Pour l’événement, Marie-Christine Pasquet-Grelet, présentée sur le site comme étant la conseillère municipale chargée de la place des femmes, explique que «  les femmes ont une sorte de sixième sens. Elles sont un peu plus psychologues par nature. Elles lisent plus facilement les choses au-delà des mots  ».

Nous voilà comblées.


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