Palestine : le football contre les canons

Le footballeur palestinien Mahmoud Sarsak, libéré en juillet après trois ans de détention en Israël, est en France pour faire avancer le droit des prisonniers palestiniens.

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À 25 ans, Mahmoud Sarsak sait parler d’injustice, d’oppression et de souffrance sous la torture. Cet espoir brisé du football palestinien les a éprouvées, trois années durant. 

Arrêté en juillet 2009 par l’armée israélienne entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, sur la route de son nouveau club d’accueil, il a subi 40 jours de sévices et 6 mois d’isolement. Ce calvaire a un nom : « détention administrative ». Il institutionnalise l’emprisonnement arbitraire pour des périodes de 6 mois éternellement renouvelables.

Il aura fallu 92 jours de grève de la faim pour qu’en juillet 2012 Mahmoud Sarsak soit libéré. Le jeune footballeur, ayant perdu la moitié de son poids, accusé de constituer « une menace pour la sécurité de l’Etat d’Israël » , serait « mort sans la mobilisation des Palestiniens, des femmes et des hommes de nombreux pays » , souligne-t-il. 

Appel au boycott de l’Euro des moins de 21 ans en Israël

Malgré les tourments infligés, normalisés par la passivité des institutions politiques et judiciaires internationales, ce n’est pas sous les traits d’un martyr que Mahmoud Sarsak apparaît aujourd'hui, mais sous ceux d’un porte-parole pacifique et déterminé. Derrière sa voix et celle de Mohammed Alarabi, président du club de sport des handicapés de Gaza, qui l’accompagne, résonnent celles des 4 000 prisonniers politiques palestiniens dont 300 « détenus administratifs », toujours écroués en Israël, celles des sportifs palestiniens dont les stades sont systématiquement détruits, celle enfin du peuple palestinien dont les droits fondamentaux sont piétinés. 

Ramallah le 29 mai 2012 : manifestation pour la libération de Mahmoud Sarsak et Akram al-Rikhawi. - ABBAS MOMANI / AFP

Contacté par plusieurs associations sportives palestiniennes, Mahmoud Sarsak a été choisi pour mener une campagne de boycott de l’Euro de football des moins de 21 ans, organisé en juin sur le sol israélien alors que les footballeurs palestiniens Abu Rouis et de Mohammed Nemer y croupissent toujours en « détention provisoire ».  

Bien que les institutions internationales de football ne réagissent pas fermement aux rapts de joueurs palestiniens, bien que l’Union des associations européennes de football (UEFA) choisisse d’ignorer les crimes de l’État d’Israël en y maintenant les rencontres internationales, certaines personnalités, parmi lesquelles Éric Cantona, Noam Chomsky, Ken Loach et Didier Drogba, se joignent aux footballeurs palestiniens pour condamner Israël. Ensemble, ils appellent l’UEFA à assumer les « critères d’égalité, de  justice et de respect de la législation internationale qu’ [elle] exig [e] des autres États », comme l’écrit Cantona dans une lettre ouverte. 

En tournée en France à la rencontre des clubs locaux

Neuf pays européens ont déjà pris position contre l’organisation de cette compétition en Israël, alors que Michel Platini, président français de l’UEFA, ne se prononce pas. Invités par quelques villes françaises dont Lyon, Montpellier et Lille, à rencontrer des clubs locaux, Mahmoud et Mohammed essaient de réveiller les consciences.

« Le sport est un moyen plus fort que la politique pour réveiller les gens », assure Mahmoud Sarsak, qui veut adresser un message d’espoir :  « Même si les institutions internationales ne sont pas de notre côté, nous savons que notre destin est d’être libre. »  

Après 7 mois de rééducation, Mahmoud Sarsak recolle progressivement les morceaux d’un moral et d’un corps brisés. Dorénavant ce sera comme porte-parole de la communauté des sportifs palestiniens plutôt que comme joueur qu’il marquera le monde du sport.


Photo : AFP / JOEL SAGET

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