Affaire Cahuzac : les socialistes et l’argent

Olivier Doubre  • 11 avril 2013
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En quelques jours, Jérôme Cahuzac est devenu le nom honni du mensonge en politique. L’affaire de son compte bien garni en Suisse et à Singapour (et peut-être beaucoup plus qu’il n’est dit), révélée par nos confrères de Mediapart, a fait chuter le ministre censé traquer la fraude et l’évasion fiscales, et qui avait été auparavant président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. L’affaire symbolise le fossé qui s’est creusé entre certains dirigeants socialistes et la très grande majorité des Français, y compris la base de leur parti.

Loin de nous, cependant, l’intention de crier au « tous pourris ». La probité de nombreux élus n’est pas contestable. Mais, nous disent les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, cette affaire révèle combien une partie de l’oligarchie socialiste vit et fonctionne en vase clos, entretenant des liens étroits avec le monde des affaires et de la finance. Telle une caste se croyant au-dessus des lois, dans un monde sous hégémonie néolibérale qui fait de la concurrence et de l’appât du gain l’étalon et le gage de la réussite. La tendance est européenne. Le Britannique Tony Blair, avec son New Labour, avait officiellement ouvert la voie dès 1995. En France, les choses n’ont jamais vraiment été avouées. Mais Jérôme Cahuzac est assurément le produit de cette évolution qui n’est peut-être pas étrangère à la flambée exponentielle des dépenses de campagne électorale. Aujourd’hui, François Hollande, ses ministres et la direction du PS tentent d’allumer des contre-feux. On nous annonce un « choc de moralisation ». Est-ce bien à la mesure d’un mal qui mine les partis sociaux-démocrates depuis plus de vingt ans ?

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