Demy for ever (« À flux détendu »)

Combien sommes-nous à avoir grandi en ayant en tête et au cœur l’univers de Jacques Demy ?

Christophe Kantcheff  • 25 avril 2013
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Combien sommes-nous à avoir grandi en ayant en tête et au cœur l’univers de Jacques Demy ? À voir les visiteurs de l’exposition réussie que la Cinémathèque, à Paris, lui consacre, il semblerait que nous sommes nombreux, et de toutes générations, à être les « enfants » de l’auteur de Peau d’âne. Je me souviens pourtant d’une époque, lointaine désormais, où je suscitais l’ironie quand je déclarais ma flamme pour ses films « en-chantés ». Les esprits un peu trop rationnels se gaussaient des personnages prononçant des paroles prosaïques sur un air mélodieux, souvent signé Michel Legrand. Que l’on puisse dire « passe-moi le sel » en chantant les dépassait.

Pourtant, c’est bien cela le plus précieux chez Demy. Outre que le cinéma ne pourrait se contraindre à l’étroit réalisme (et Méliès ? Et Cocteau ?), il offre la possibilité de voir la vie d’une tout autre façon. Non comme quelques îlots de joie dans un océan de contraintes, mais comme une suite de possibles à imaginer, à inventer. On est loin d’une vision à la « Bisounours ». Les déchirements sentimentaux des Parapluies de Cherbourg ou les violences sociales d’ Une chambre en ville l’attestent. Il s’agit plutôt d’un appel émancipateur et démocratique à faire de son existence une somme d’émotions et de beauté à partager. On voit là aussi combien cette œuvre est transgressive. « Je préfère un film léger sur un sujet grave qu’un film grave sur un sujet léger. »

L’exposition de la Cinémathèque, son commissaire Matthieu Orléan en particulier, a retenu cet adage du réalisateur des Demoiselles de Rochefort. Pas d’hommage pesant ni de fétichisation kitsch, mais une balade amoureuse et curieuse à travers les films et la vie de Jacques Demy, qui ne fut pas un long fleuve tranquille : il eut en effet toutes les peines à mener à bien nombre de ses projets. L’heure est maintenant au grand « Jacquot de Nantes ». Pour longtemps !

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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