Quand l’industrie agro-alimentaire américaine fait taire les «activistes»

En réponse aux activistes qui filment les dessous des exploitations agroalimentaires, 14 États américains se sont dotés de lois imposant le secret sur les conditions de production de la filière.

Valérie Tournelle  • 2 mai 2013
Partager :
Quand l’industrie agro-alimentaire américaine fait taire les «activistes»

Des vidéos choquantes diffusées sur les réseaux sociaux ou relayées par le New York Times ont généré une vive émotion dans la communauté de l’industrie agroalimentaire américaine (AAA – Animal agriculture alliance). Réalisées par des activistes de la cause animale infiltrés depuis deux ans dans des exploitations, ces images dénonçaient des actes de « torture ordinaire » sur les animaux d’élevage (âmes sensibles s’abstenir).

Autre exemple en Utah où Amy Meyer, postée derrière les barbelés d’un abattoir, filmait le calvaire d’une vache vivante, sans doute malade ou blessée. Évacuée à l’aide par un tracteur sans aucun ménagement. Le propriétaire en colère a porté plainte en vertu des lois dites « ag-gag » (ag pour agriculture, gag pour bâillonner).

Avec les « ag-gag », l’industrie agroalimentaire américaine pensait ainsi détenir l’arme absolue. Adoptées ou proposées dans 14 États américains depuis mars 2012, elles renforcent l’« Animal enterprise terrorism act », votée en 2006 par le Congrès, assimilant déjà l’activisme écologique à une forme de terrorisme.

« Les activistes dehors ».

Ces lois interdisent de filmer, photographier, dévoiler à autrui ou diffuser toute information sur le fonctionnement des exploitations et les conditions de vie des animaux. La peine encourue en Utah, une amende de 1 500 dollars et jusqu’à un an de prison ferme.

Pour remédier aux désagréments de telles publicités, l’Animal agriculture alliance tenait mercredi 1er mai une conférence « privée » en Virginie. Le programme du jour : « expertises-conseils » sur la loi « ag-gag », ou encore, la façon de faire face « aux entreprises de manipulation des opposants » . Pudique, elle en interdisait l’accès à la presse et imposait un mot d’ordre à l’entrée : « les activistes dehors » . La veille, le bureau du procureur rejetait l’accusation contre Amy Meyer.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Le cercle des poètes de Gaza
Reportage 21 juillet 2026 abonné·es

Le cercle des poètes de Gaza

Ils ont entre 18 et 25 ans. À l’appel de l’Institut français de Gaza et de l’ONG Academic Solidarity with Palestine, une soixantaine de jeunes Gazaouis ont envoyé des poèmes et des vidéos en français pour dire la guerre, les absents ou encore l’avenir qu’ils tentent d’imaginer.
Par Alice Froussard
Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »
Reportage 17 juillet 2026 abonné·es

Prisonniers syriens en Israël : « Nous voulons savoir où sont nos enfants »

Quarante-sept Syriens seraient aujourd’hui détenus dans des prisons israéliennes. Dans les villages du sud de la Syrie, les familles tentent de localiser un fils, un mari ou un père dont elles sont sans nouvelles depuis parfois plusieurs mois.
Par Pauline Vacher et Charles Cuau
« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »
Entretien 10 juillet 2026 abonné·es

« Les centres de détention libyens sont, par définition, des camps de concentration »

David Yambio, fondateur de Refugees in Libya se dit « hanté » par le silence des Européens après que les députés européens ont adopté le règlement « Retour ». Il explique qu’en Libye, les politiques de l’Union européenne retiennent des milliers de personnes prisonnières et les condamnent à mort.
Par Pauline Migevant
Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée
Enquête 9 juillet 2026 abonné·es

Guyane : la guerre à l’orpaillage illégal est déclarée

À la frontière avec le Brésil, les habitants de Camopi vivent depuis des décennies sous l’emprise des chercheurs d’or clandestins. Alors que l’État revendique des opérations militaires régulières, les autorités coutumières dénoncent une protection insuffisante.
Par Tristan Dereuddre