Roanne, capitale des libertés syndicales

Michel Soudais  • 5 novembre 2013 abonné·es

Des milliers de manifestants venus de toute la France , dont le leader de la CGT Thierry Lepaon, sont à Roanne pour soutenir cinq cégétistes convoqués une nouvelle fois devant le tribunal correctionnel. Ils n’ont détruit aucun portique écotaxe, n’ont pas jeté de chrysanthèmes sur les forces de l’ordre, ni détruit le portail d’une sous-préfecture à coup de pelleteuse.

Illustration - Roanne, capitale des libertés syndicales - Photo envoyée sur Twitter par @binguyvisou

Leur crime? Le 23 septembre 2010, vers 6 heures du matin, ces cinq agents du secteur public ont été surpris par la police en train de taguer le trottoir et les murs de la sous-préfecture de la Loire, avant une manifestation contre la réforme des retraites. Ces tags visaient surtout le député UMP Yves Nicolin, ancien maire de Roanne, partisan de la réforme : « Nicolin, casse-toi pauv’con », « Nicolin, fossoyeur des retraites »…

En septembre 2011, Christel Coste, Christian Osete, Jean-Paul Barnaud, Gérald Dionizio et Didier Marchand, « les cinq de Roanne » comme on les appelle, sont condamnés en première instance pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessin ». Le 19 novembre 2012, la cour d’appel de Lyon les juge coupables mais les dispense de peine et d’inscription au casier judiciaire. Aux yeux des juges, l’infraction ne mérite pas une sanction.

Les « cinq » n’en sont pas quittes pour autant avec la justice. En mai dernier, cinq mois et demi après le jugement de la cour d’Appel de Lyon, ils sont convoqués au commissariat de Roanne pour un prélèvement ADN en vue de leur inscription au fichier des empreintes génétiques.

Lire > Pourquoi il faut amnistier

Et c’est leur refus de se soumettre à ce prélèvement ADN humiliant qui leur vaut d’être poursuivis aujourd’hui devant le tribunal correctionnel pour refus de prélèvement de matériel biologique, un délit passible d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende.
Pour la CGT, comme pour les politiques venus les soutenir (Pierre Laurent, Éric Coquerel…) l’acharnement contre «les cinq de Roanne» est emblématique de la «criminalisation» du mouvement social. Une criminalisation entamée sous la droite et qui se poursuit.

Illustration - Roanne, capitale des libertés syndicales

Le rassemblement de Roanne s’inscrit dans une campagne nationale de la CGT .
Le 16 octobre, à Montreuil (93), au siège de la centrale syndicale de Thierry Lepaon, des militants sont venus témoigner de l’acharnement dont ils sont victimes et débattre de la construction d’une proposition de loi visant à décriminaliser l’action collective.
La CGT est également à l’initiative d’une pétition «pour exiger de la part du président de la République et de sa majorité parlementaire, un changement radical de politique en matière de démocratie sociale et de respect des droits sociaux fondamentaux des salariés, des citoyens» . Elle réclame notamment le vote définitif par l’Assemblée nationale de la loi d’amnistie des délits commis lors des mouvements sociaux, adoptée par le Sénat le 28 février.

Lire > Oui à l’amnistie !


Société Travail
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