Fin de vie : les propositions ambitieuses de la conférence de citoyens

Étape majeure du débat sur la fin de vie, une conférence de citoyens se prononce pour le développement massif des soins palliatifs, le droit au suicide assisté et des exceptions d’euthanasie.

Ingrid Merckx  • 17 décembre 2013 abonné·es
Fin de vie : les propositions ambitieuses de la conférence de citoyens

Informer la presse avant le politique. Ainsi en a décidé la conférence de citoyens sur la fin de vie, rendant public son avis le 16 décembre à Paris. De telles conférences sur des sujets de bioéthique, il n’y en a pas tous les quatre matins. Les plus récentes, favorables à la recherche sur l’embryon, l’adoption par des couples homosexuels et le don d’organes, « ont été oubliées quand les débats ont eu lieu » , a regretté Jean-Claude Ameisen, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). D’où la volonté du CCNE – organisateur – de faire de cette conférence un exemple.

Du travail bénévole des dix-huit personnes recrutées par l’Ifop, étalé sur quatre week-ends, il ressort un avis qui fera date, notamment en ce qu’il va plus loin que les précédents. « Nous allons tous mourir et pour 75 % à l’hôpital, seuls, sur un brancard. Il faut se saisir du sujet ! »

Frappés par leur méconnaissance des nombreux textes de loi déjà existants sur la fin de vie, les citoyens recrutés se prononcent pour une évolution de la loi Leonetti de 2005. En premier lieu, ils recommandent un développement massif et égalitaire des soins palliatifs sur tout le territoire – un choix politique et financier. Et insistent ensuite sur la nécessité d’informer les citoyens, de former les professionnels et de ne plus séparer médecines curative et palliative.

Ces citoyens proposent aussi de créer un fichier de directives anticipées, une inscription de celles-ci sur la carte Vitale et de leur donner un caractère officiel et opposable. Autre requête : voir reconnu le droit de chacun à une sédation, dès qu’il existe une « suspicion de souffrance », et à un « suicide assisté », encadré, lorsqu’on est en fin de vie ou atteint d’un mal incurable et conscient.

En outre – mais seulement après que ces mesures auront été mises en place –, les citoyens de la conférence seraient favorables à des « exceptions -d’euthanasie » dans les cas où la personne n’aurait pas pris de directives anticipées et serait dans l’incapacité d’exprimer sa volonté. « Nous avons voulu ouvrir des possibilités sans ouvrir la porte en grand par peur des dérives » , ont-ils souligné. Cette conférence de citoyens est une étape majeure dans un débat qui marquera le début du calendrier 2014.

Pour aller plus loin…

Pauvreté : « Tous les indicateurs sont mauvais »
Précarité 12 juillet 2024

Pauvreté : « Tous les indicateurs sont mauvais »

La précarité progresse en France, comme en témoignent les dernières données publiées par l’Insee. Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, tire la sonnette d’alarme.
Par Maxime Sirvins
« Désormais tout commence »
Enquête 10 juillet 2024

« Désormais tout commence »

Une mobilisation historique de la société civile a permis au Nouveau Front populaire de déjouer les pronostics le 7 juillet. Malgré cette première victoire, tous et toutes appellent à la vigilance et à la construction d’un vrai mouvement de fond pour contrer l’extrême droite.
Par Pierre Jequier-Zalc
À Villers-Cotterêts, un électorat RN (très) décomplexé
Reportage 10 juillet 2024

À Villers-Cotterêts, un électorat RN (très) décomplexé

Dirigée par le parti d’extrême droite depuis dix ans, la commune des Hauts-de-France a voté à 47 % pour Jordan Bardella aux élections européennes. Jocelyn Dessigny, lui aussi du RN, élu député au premier tour, a recueilli 53 % des voix des électeurs de la 5e circonscription de l’Aisne. Nous sommes allés à leur rencontre.
Par Tristan Dereuddre
À Châteaubriant, le passé, outil de lutte pour le présent
Reportage 10 juillet 2024

À Châteaubriant, le passé, outil de lutte pour le présent

Le 3 juillet, une marche rurale, sociale et syndicale, organisée par le collectif Réveillons la résistance, a eu lieu dans cette ville marquée par l’histoire. Une première mobilisation pour tisser des solidarités entre campagnes et quartiers populaires, et rappeler les dangers de l’extrême droite.
Par Vanina Delmas