Manuel Valls attaque les retraites et la Sécu

Les retraites et la Sécurité sociale seront les premières victimes de l’austérité dans le plan de 21 milliards d’euros d’économies réalisées sur l’ensemble de la protection sociale.

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Les prévisions annoncées par Manuel Valls dans son intervention à l’issue du Conseil des ministres , le 16 avril, coûteront cher au système de protection sociale, amortisseur de la crise et garant d’une meilleure répartition des richesses. Sur les 50 milliards d’euros d’économies prévues sur les dépenses publiques entre 2015 et 2017, 21 milliards doivent provenir de l’ensemble de la protection sociale, a annoncé le Premier ministre.

Celui-ci a dans un premier temps inclus la « nouvelle stratégie nationale de santé », engagée par Marisol Touraine, dans le plan d’économies, soit 10 milliards d’euros d’ici 2017 sur les dépenses d’assurance maladie, qui s'élevaient à 243 milliards d’euros, soit 12 % du PIB (produit intérieur brut) en 2013. Et a détaillé ainsi les efforts à réaliser :

Ils « seront réalisés sans réduire la prise en charge des soins ni leur qualité. Il s’agit d’amplifier les réformes structurelles déjà engagées et notamment de mieux organiser les parcours de soin. La chirurgie ambulatoire montre par exemple qu’on peut réaliser des économies tout en améliorant la qualité de la prise en charge. Il conviendra aussi d’optimiser notre dépense dans le domaine des médicaments. Ceci passe par une consommation plus raisonnée, par un recours aux génériques, mais aussi des prix davantage en adéquation avec l’innovation thérapeutique. »
À terme, ces économies auront un impact sur la qualité des soins et, surtout, introduisent un creusement des inégalités de santé, déjà fortes.

11 milliards d’euros d’économies « seront réalisés sur la gestion du système social » , ajoute le Premier ministre, qui intègre « des décisions (qui) ont déjà été prises. Elles sont porteuses d’économies pour plus de 2,9 milliards d’euros. C’est le cas de la réforme des retraites, de l’accord conclu pour les retraites complémentaires, et de la réforme décidée l’année dernière de notre politique familiale. » Rappelons que la réforme des retraites complémentaires Agirc et Arrco coûtera aux assurés pas moins de 11 milliards d'euros d'ici à 2017, tandis que le régime général est déficitaire du fait des exonérations de cotisations sociales patronales.

Gel des prestations sociales jusqu'en octobre 2015

Mais Manuel Valls a clairement indiqué qu'il voulait « aller au-delà » de la précédente réforme des retraites de 2013. Il ajoute donc une nouvelle réforme des retraites, laquelle se traduira par leur non-revalorisation « jusqu’en octobre 2015. Cette stabilité concernera les pensions du régime de retraite de base, 1,3 milliard d’euros, elle pourra concerner aussi les retraites complémentaires qui relèvent des partenaires sociaux, 2 milliards d’euros » . En tout, 3,5 milliards d'euros devraient être rabotés sur les pensions des retraités. La précarité augmentant avec les réformes, « ces mesures temporaires épargneront les retraités dont les pensions sont les plus modestes puisque le minimum vieillesse continuera à être revalorisé » .

« Le niveau des autres prestations sociales sera stable jusqu’en octobre 2015, à l’exception de tous les minimas sociaux qui continueront d’augmenter au rythme de l’inflation. Les engagements de revalorisation exceptionnels décidés dans le plan pauvreté de janvier 2013 pour le RSA, le complément familial et l’allocation de soutien familial sont confirmés mais ces revalorisations seront décalées d’une année » , ce qui ne diminuera pas la pauvreté. La hausse de 1,3 % du RSA socle (499,31 euros par mois pour une personne seule sans ressources), intervenue au 1er janvier, aurait dû être complétée par une augmentation de 2 % le 1er septembre. Le gouvernement supprime ainsi une augmentation de 10 % d'ici à la fin du quinquennat, décidée dans le cadre du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Illustration - Manuel Valls attaque les retraites et la Sécu

Économies sur l'Unedic

En ce qui concerne la nouvelle convention d’assurance chômage , elle « devra mieux contribuer au bon fonctionnement du marché du travail et permettre de rétablir l’équilibre financier de l’Unedic à l’horizon 2017. » On a là la confirmation que l'objectif des négociations entre partenaires sociaux a été de réaliser de nouvelles économies avec cette convention de l'Unedic.

« La poursuite de la modernisation de la politique familiale permettra également des économies. Les caisses de sécurité sociale dégageront 1,2 milliard d’économies grâce à la dématérialisation et à une meilleure articulation entre les différents organismes » , qui devraient « apporter de véritables simplifications pour les assurés » . Et sans doute la disparition de services publics. Manuel Valls n'a pas prévu d'identifier l'impact social du plan d'économies. Mais le but était de rassurer Bruxelles et les marchés financiers.

Lire > Tollé à gauche contre les annonces de Manuel Valls



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