Travailleurs de tous pays, reposez-vous !

L’anthropologue Jonathan Crary montre comment le capitalisme a dérégulé jusqu’à ce besoin naturel qu’est le sommeil. Bonnes feuilles.

Jonathan Crary  • 1 mai 2014 abonné·es

Dans un essai fouillé, dont nous publions ci-dessous un extrait, Jonathan Crary, théoricien de l’art et professeur à l’université Columbia de New York, montre à quel point le capitalisme contemporain grignote notre temps de sommeil. Finalité : exploiter et faire consommer sans arrêt, 7j/7 et 24h/24.

Beaucoup d’institutions du monde développé fonctionnent déjà depuis plusieurs décennies sur un régime 24/7. Ce n’est que depuis peu que l’élaboration et le modelage de l’identité personnelle et sociale de chacun ont été réorganisés conformément au fonctionnement ininterrompu des marchés et des réseaux d’information. Un environnement 24/7 présente l’apparence d’un monde social alors qu’il se réduit à un modèle asocial de performance machinique – une suspension de la vie qui masque le coût humain de son efficacité. Il ne s’agit plus de ce que Lukács et d’autres auteurs avaient identifié, au début du XXe siècle, comme le temps vide et homogène de la modernité, temps métrique ou calendaire des nations, de la finance ou de l’industrie, dont étaient exclus aussi bien les espoirs que les projets individuels. Ce qui est nouveau, c’est l’abandon en rase campagne de l’idée même que le temps puisse être associé à un quelconque engagement dans des projets de long terme, y compris les fantasmes de « progrès » ou de développement. Un monde sans ombre, illuminé 24/7, amputé de l’altérité qui constitue le moteur du changement historique, tel est l’ultime mirage

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre
L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant
Essai 4 février 2026 abonné·es

L’égoïsme, stratégie de survie dans le néolibéralisme triomphant

Le sociologue Camille Peugny met en lumière une droitisation socio-économique de la France. Avec le rejet de l’État-providence et l’individualisation des parcours, le chacun-pour-soi s’impose progressivement
Par François Rulier
Fleur Breteau : « Transformer la colère en action collective est un premier pas vers la guérison »
Entretien 4 février 2026 abonné·es

Fleur Breteau : « Transformer la colère en action collective est un premier pas vers la guérison »

À 50 ans, elle bataille contre son deuxième cancer du sein et lutte avec le collectif Cancer Colère pour donner une voix aux malades et politiser la santé.
Par Vanina Delmas
Les classes populaires acquises au RN ? Une cartographie inédite révèle des nuances
Sociologie 30 janvier 2026

Les classes populaires acquises au RN ? Une cartographie inédite révèle des nuances

Au-delà des sondages, deux chercheurs, Youssef Souidi et Thomas Vonderscher, ont croisé les résultats des législatives du printemps 2024 avec les caractéristiques sociodémographiques des circonscriptions à l’échelle des bureaux de vote. Ce travail esquisse une nouvelle cartographie électorale de l’Hexagone.
Par Olivier Doubre