Les islamistes chassent les Chrétiens irakiens. L’Occident « découvre » des persécutions datant de 2003. Un « Crime contre l’Humanité » ?

Claude-Marie Vadrot  • 30 juillet 2014
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Les pays occidentaux, (notamment la droite et l’extrême droite) paraissent aujourd’hui découvrir que les chrétiens sont pourchassés et tués en Irak. Naïveté ou cynisme ? La deuxième hypothèse est la plus probable car l’UMP et le Front National ne se sont jamais souciés de leur sort. Ces pays, qui découvrent que l’Irak est (reste) en état de guerre religieuse, offrent, notamment la France, de leur accorder un asile politique alors que ce que souhaitent ceux de Mossoul et d’ailleurs n’ont qu’une envie : pouvoir continuer à vivre en paix dans une région où ils habitent depuis prés de deux millénaires et où ils ont construit des centaines d’église.

La chasse à ces chrétiens a commencé quelques mois après l’invasion par les Etats-Unis à la recherche des soi-disant « armes de destruction massive ». Une « mission civilisatrice » qui les a amené à préserver immédiatement le ministère du Pétrole et à négliger, pas exemple, le superbe musée de la capitale où l’ancien centre nucléaire d’Al Twaitha que des milliers d’habitants de Bagdad ont pu piller librement prenant le risque d’emporter dans leurs familles des objets et de ferrailles fortement contaminés. A l’époque, rares ont été les pays ou les médias à relayer les protestations de Greenpeace que les troupes américains expulsèrent rapidement.

J’ai pu le constater lors de mes reportages à Bagdad entre la fin de 2003 et 2006, les différences obédiences chrétiennes, et dieu sait si elles sont nombreuses, étaient déjà l’objet de nombreux attentats. Je me souviens notamment d’un carnage dans une église du centre et des récits des différentes communautés dont les membres étaient fréquemment enlevés et rarement retrouvés, même contre rançon. Les persécutions et les assassinats ciblés ont commencé dés le mois de décembre 2003 dans la capitale. Avec des messes de Noël placées sous haute surveillance militaire, ce qui n’empêchait ni les tirs ni les attentats.

L’année suivante, Monseigneur Gabriel Kassah, évêque de Bassora, la grande ville du Sud où vivaient de nombreux chrétiens m’expliquait comment toutes les boutiques de sa ville, notamment celles qui vendaient légalement des alcools, étaient pillées, brulées, détruites avant que leurs propriétaires soient massacrés, souvent après avoir été torturés. Aujourd’hui, sans que les puissances occidentales et les bonnes âmes ne s’en préoccupent, il ne reste pratiquement plus de chrétiens dans cette grande ville alors que pendant l’intervention américaine, cet évêque avait organisé la distribution de son stock de médicaments sans se soucier des croyances de ceux qui en avaient besoin.

Les chrétiens n’ont toujours eu qu’un seul refuge en Irak depuis l’invasion de 2003 : le Kurdistan autonome où bon nombre d’entre eux se sont progressivement installés, protégés par les Kurdes. J’ai pu le constater il y a quatre ans, ils sont nombreux dans le Nord de cette enclave, habitant généralement au pied des montagnes qui séparent cette « République » de la Turquie et ont participé à la fois au reboisement de cette zone avec les Peshmergas et se lançant dans l’agriculture. Ils y vivent en bonne intelligence avec les musulmans et les adeptes du vieux culte zoastrien qui subsiste dans quelques villages.

Pour ces gens, après les violences qui ont abouti le 7 août à l’expulsion de dizaines de milliers de chrétiens de la ville de Qaraqosh, se posent trois questions:

  • Combien de temps les Kurdes pourront résister à la déferlante des islamistes de l’Etat islamique

  • Pourquoi la communauté internationale n’évoque pas, dans cette région la question de « Crime contre l’Humanité  » ou même de  » génocide  » puisque ces gens sont chassés ou tués au nom de leur religion ?

  • Pourquoi ne pas rappeler la terrible responsabilité des Américains ayant envahi ce pays à la recherche d' » armes de destruction massive  » qui n’ont existe que dans leur imagination et leurs mensonges ?

Mais le sort des chrétiens d’Irak ne semble pas passionner grand monde, les politiques laissant cette préoccupation à la droite alors que cette situation est aussi scandaleuse et douloureuse que celle des Palestiniens de Gaza.

Quant aux frappes américaines, comme l’accueil en fanfare de **ONZE * chrétiens d’Irak, elles soulageront peut-être la conscience américaine ou française si elle existe encore, mais elles ne calmeront pas la folie des islamistes radicaux et ne sauveront pas les chrétiens survivants

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