« Dans ma sphère orange en synthétique… »
Une enquête vive et drôle à la première personne de Jade Lindgaard sur le rapport « névrotique » entre nos modes de vie et leurs conséquences pour la planète. Extrait.
dans l’hebdo N° 1316 Acheter ce numéro

C’était l’année de la première crise pétrolière, en 1973, mais rien ne le signalait dans ma chambre psychédélique décorée d’arabesques et de fleurs marron. Elle se remplit vite d’un pouf gonflé de minuscules boules de polystyrène, d’un mange-disque beige où tournait sans cesse un 45 tours jaune fluo, d’une moquette à poils synthétiques verts et de nombreux sous-pulls en acrylique. Un paysage intégral de produits dérivés du pétrole. Couleurs chimiques, matières en toc. Cinq ans après Mai 68, la famille vivait à Paris dans la promesse d’une domesticité industrialisée. On voyait bien des platanes et des marronniers dans les squares du quartier mais, toujours, on leur préférait les ballons Mickey gonflés d’hélium. Le soir, on mangeait de la purée Mousline toute préparée, chauffée avec du lait acheté en briques dans une grande surface.
La nature n’existait pas. On l’avait abolie. On était au chaud, dans notre cocon saturé de couleurs imaginaires. Je détestais la campagne. Dans notre monde électrique, tout semblait à portée d’interrupteur : les laitages de la yaourtière, les étages de l’immeuble par l’ascenseur, la lumière. C’était si facile que
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