Houellebecq de cinéma (À flux détendu)

Near Death Experience, le nouveau film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Michel Houellebecq.

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Il est là, au comptoir d’un café, à côté de collègues de travail avec lesquels il ne parle pas, il regarde son verre de pastis, les yeux hagards. Avec ses cheveux mi-longs et ses mâchoires édentées, il ressemble à Antonin Artaud. Mais c’est Michel Houellebecq. Un Artaud du pauvre, du misérable même. Cette vision ouvre Near Death Experience, le nouveau film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, sur les écrans le 10 septembre. Houellebecq n’a cessé de paraître devant la caméra de cinéastes ces derniers temps. Il a aussi tourné l’Enlèvement de Michel Houellebecq, de Guillaume Nicloux, diffusé le 27 août sur Arte.

Même si, dans Near Death Experience, Houellebecq est censé interpréter Paul, marié, deux enfants, salarié d’une plateforme téléphonique, les deux films sont des documentaires sur le personnage. Car Michel Houellebecq n’est à peu près plus rien d’autre que cela, un personnage, de cinéma par exemple. Suite logique du parcours d’un écrivain dont les livres, qui ont le sort qu’ils méritent, se sont éclipsés derrière le phénomène médiatique, lui-même devenu kitsch à force d’être exploité.

À l’écran, Houellebecq est un virtuose du pathétique. Le spleen tiré à satiété comme un boulet, le rabâchage complaisamment dépressif. « Paul. Décidément tu parles trop et tu ne te suicides pas assez », se dit-il dans le film de Delépine et Kervern. Depuis Resté vivant (1991), Houellebecq remise ses mêmes sentences. Il exhibe son désespoir mou, qu’il n’a cessé de faire fructifier. Déclenche chez le spectateur un sourire comme le ferait un Cioran de fête foraine. Near Death Experience, expérience de mort imminente ? Pas vraiment. Expérience du vide houellebecquien plutôt. C’est tout à l’honneur de Benoît Delépine et de Gustave Kervern de l’avoir approché de si près et de lui avoir trouvé une forme. Leur film est ce que jamais Houellebecq ne réussira.


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