Tribune : Nous n’avons plus confiance !

Cinq membres d’EELV appellent à voter contre la politique libérale et productiviste du Premier ministre. Tribune publiée dans le numéro de Politis du 11 au 17 septembre.

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Avec la nomination d’une équipe resserrée autour de Manuel Valls, une étape supplémentaire est franchie. Une partie des socialistes semble désormais convertie au libéralisme économique et ralliée à sa politique de l’offre. Le gouvernement de la France mène une politique austéritaire, injuste et inefficace, qui creuse les inégalités sans répondre à la crise écologique ni mettre en œuvre la transition nécessaire.

Après plus de deux ans de présidence Hollande et de dérives successives, il n’est plus temps d’espérer un quelconque changement de cap du gouvernement. L’orientation du gouvernement Valls 2 est sans ambiguïtés et n’a plus rien à envier aux politiques conduites par la droite. La nomination comme ministre de l’Économie d’un ancien banquier d’affaires est à cet égard un symbole fort. Le gouvernement a aussi abandonné en rase campagne toutes les promesses de réorientation de l’Europe et toute ambition communautaire. Les récentes déclarations de certains ministres sur les « chômeurs-fraudeurs », les immigrés, la remise en question des 35 heures ou de la loi Alur, la mise en avant des partenariats public-privé (PPP) et du travail le dimanche sont choquantes et nous éloignent un peu plus des idées défendues par les écologistes. Le mardi 16 septembre, le Premier ministre, Manuel Valls, engagera la responsabilité de son gouvernement sur une déclaration de politique générale devant le Parlement, pendant la session extraordinaire ouverte le 9 septembre. Dans ce contexte, il revient à EELV et à ses parlementaires d’adopter une position politique claire.  Non, monsieur le Premier ministre, les écologistes ne voteront pas la confiance ! Votre politique libérale et productiviste n’est pas la nôtre et s’éloigne un peu plus des idéaux portés par la gauche et les écologistes. Elle nous conduit dans une impasse économique et sociale. Elle fragilise nos institutions et le fonctionnement de la démocratie. Elle n’apporte aucun moyen de répondre à la crise écologique, notamment à travers des investissements ciblés. Le contrat est rompu, le gouvernement Valls 2 et son cap maintenu ne peuvent recevoir notre confiance !

Nous appelons donc les parlementaires écologistes et de gauche à voter contre la confiance au gouvernement. Nous ne demandons pas la dissolution, mais une politique qui redonne confiance aux électeurs. Il est temps que le Parlement prenne ses responsabilités et que le gouvernement mène la politique pour laquelle il a été élu en 2012. Il est temps d’enclencher enfin un profond changement institutionnel, d’appeler à une VIe République réellement parlementaire, capable de construire une alternative à une Ve République moribonde et de mettre en mouvement les acteurs sociaux, environnementaux, syndicaux et citoyens. Pour initier un changement radical de modèle, nous avons besoin d’idées neuves à la tête de l’État, non d’un comptable et d’un huissier dont l’attitude fait le lit du Front national, à force de renoncements, de reniements et de manque d’imagination.


Jacques Boutault, Alain Coulombel, Jérôme Gleizes, Chekra Kaabi et Élise Lowy, membres d’EELV, animateurs(trices) de la Motion participative.

Photo : MARTIN BUREAU / AFP

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