Les « cirés jaunes » du Morbihan sont en pétard

Les îliens protestent contre l’augmentation, décidée par le conseil général, des traversées en bateau assurées par une filiale de Transdev.

Christine Tréguier  • 29 octobre 2014
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Illustration - Les « cirés jaunes » du Morbihan sont en pétard

Depuis début octobre, les habitants des îles de Groix, Houât, Hoëdic et Belle-Île manifestent contre les nouvelles grilles tarifaires annoncées par la Compagnie Océane et le conseil général (CG) du Morbihan. La traversée en bateau passerait de 5,75 à 6 euros pour les insulaires, mais surtout les membres de leur famille et les possesseurs de résidence secondaire n’auraient plus droit à ce tarif préférentiel. Il leur en coûterait alors 36 euros (au lieu de 33,65 euros pour un aller-retour à pied et entre 158 et 348 euros en voiture. Même les chiens doivent payer leur trajet (11,55 euros A/R) ! Le coût pour les camions de marchandises pourrait être majoré de 200 %, ce qui renchérirait le prix des produits importés. Dominique Yvon, maire de Groix, déplore que les collectivités n’aient jamais été associées au calcul de ces tarifs : « En cinq ans, les tarifs ont déjà gonflé de 20 %. Un seul bateau fait désormais la traversée au lieu de deux, le régime d’hiver commence dès le 1er septembre. Tout cela dissuade les touristes – on estime qu’il y a une perte de 20 % de la clientèle d’été – qui représentent 60 à 70 % de notre économie. »

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Les îliens, qui payent de fait une sorte de droit de passage obligé pour rentrer chez eux, sont en colère et le font savoir. Ces augmentations régulières les pénalisent de plus en plus. Les enfants scolarisés sur le continent, les parents qui y travaillent, les nécessités médicales, judiciaires et administratives qui imposent des allers-retours, les visites aux vacances de la famille et des petits-enfants grèvent le budget des familles. Le revenu moyen sur ces îles est le plus faible du Lorientais (19 000 euros/an), souligne Dominique Yvon. Plus d’un millier de manifestants se sont donc rendus le 6 octobre à Vannes devant le conseil général. Depuis, ceux que la presse locale appelle « les cirés jaunes » occupent régulièrement les quais, le port de Quiberon et empêchent parfois le retour des bateaux, quand ils n’y organisent pas une cantine. Ils n’ont pas l’intention de se laisser racketter par la Compagnie Océane, filiale de Transdev. Et pour cause : cette multinationale, appartenant depuis 2011 à 50 % à Veolia Environnement et à 50 % à la Caisse des dépôts et consignations, affiche 8,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012 (et un endettement de 1,9 milliard d’euros, non résorbé depuis l’entrée de Veolia).

C’est aussi Transdev qui met en danger le sauvetage de la SNCM , exigeant sa liquidation judiciaire préalable. Le CG du Morbihan lui a confié, en 2008, une délégation de service public pour la desserte maritime des îles du Morbihan, et fournit pour ce faire la flotte de navires. François Goulard, le président du CG, s’abrite derrière le déficit annuel (500 000 euros environ), une facture pour le département de 4,5 millions d’euros et un rapport régional de la Cour des comptes pour justifier de son obligation à supprimer certains tarifs (famille, résidence secondaire, fret insulaire), déclarés illégaux.

« On veut faire du formalisme à outrance** , ce n’est qu’une recommandation et ces tarifs se pratiquent depuis tout temps, dans toutes les îles* , rétorque Dominique Yvon. Pour Transdev ce n’est qu’une question de profit. » Sa suggestion : créer une régie départementale, comme en Vendée, ou comme celle qui gère les ponts des îles de Ré et d’Oléron. Il dit avoir averti le conseil général que si de nouvelles propositions, promises avant la fin octobre, n’étaient pas à la hauteur, les manifestants, eux, ne lâcheraient pas. Le fond du problème est sans doute que la loi ne donne pas de dérogation systématique aux résidents permanents, ou secondaires, et aux entreprises insulaires afin de régler un « péage » pour rentrer chez eux. Sur le continent, ceux qui ne souhaitent pas payer l’autoroute ont le choix de prendre la départementale. L’égalité de traitement voudrait que les îliens aient eux aussi la possibilité d’une « départementale » financée par les taxes et les impôts qu’ils acquittent. Un principe républicain à rappeler aux élus nationaux et territoriaux, ainsi qu’à la Fondation Transdev, patronnée par la Fondation de France. En effet, celle-ci se targue de soutenir des projets d’intérêt général qui promeuvent une approche citoyenne de la mobilité et qui développent le lien social, entre les territoires et entre les générations, le développement de l’emploi, etc. Elle «  souhaite répondre, à travers sa Fondation, aux besoins de proximité des populations. » Ça tombe bien !

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