EELV : Sortir de l’ambiguïté

TRIBUNE : Après la mort de Rémi Fraisse, les écologistes ne peuvent plus faire partie de la majorité parlementaire.

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La mort de Rémi Fraisse n’est pas une bavure, un hasard malheureux ou un accident malencontreux. Elle est le résultat de la volonté du pouvoir d’agir dans l’urgence. Les autorités locales voulaient imposer ce projet inutile avant que l’opinion publique ne perçoive la réalité du saccage en cours, et avant que la justice ne déclare le projet illégal. Sivens n’aurait pas été le premier barrage en France construit illégalement mais en fonctionnement au prétexte « qu’il n’est plus possible de revenir en arrièr». C’est par exemple le cas du barrage de Fourogue, dans le Tarn, construit malgré les recours juridiques mais toujours en activité. Cette façon d’agir antidémocratique et violente n’est pas acceptable. Elle l’est encore moins émanant d’un gouvernement prétendument de gauche. Sa volonté de favoriser à tout prix une agriculture industrielle dont on commence à mesurer les conséquences sur la santé, et contradictoire avec les enjeux climatiques, devrait suffire à nous en désolidariser.

En voulant passer en force, le pouvoir socialiste est allé trop loin. La mort de Rémi est la conséquence de l’utilisation des forces de l’ordre à des fins de destruction illégale de la biodiversité. Et ce pour satisfaire aux intérêts privés de quelques céréaliers et à une vision purement utilitariste de la nature. C’est une faute politique ! Ce n’est pas la première faute politique de ce gouvernement, hélas. Mais c’est sans doute la plus dramatique, car il y a eu mort d’homme. Les écologistes luttent pacifiquement partout en France contre les grands et petits projets inutiles, prédateurs de la biodiversité et destructeurs de l’environnement. Ils appellent à leur arrêt immédiat – et rappellent le rôle de protection des personnes par les forces de l’ordre. Écologistes, nous ne nous reconnaissons plus dans l’actuelle majorité, la rupture est consommée ! Nous devons être clairs, EELV ne peut plus rester sur une posture ambiguë. Pour nous, ça suffit ! C’est dans les actes que les écologistes devront assumer cette rupture par un vote contre le projet de loi de finances pour 2015. Nous devons soutenir les projets locaux qui mettent en œuvre la transition écologique et sont respectueux des biens communs.

Les conflits d’intérêts et le saccage d’une zone naturelle que cette affaire met en lumière doivent aussi nous conduire à proposer une rénovation en profondeur de notre démocratie. Nous devons, d’une part, reconsidérer la richesse naturelle et la biodiversité en reconnaissant les services gratuits qu’elles apportent. D’autre part, les conditions d’exercice du débat public doivent être revues afin d’associer réellement les populations aux décisions et d’identifier les conflits d’intérêts (nombreux, dans le cas de Sivens, entre les élus et les entrepreneurs). Ces nouvelles modalités participatives, transformant profondément la démocratie, doivent s’inscrire dans le cadre du débat sur la fin de la croissance et sur une VIe République de plus en plus urgente à construire.


Signataires: Françoise Alamartine, Jérôme Artaz, Mathieu Béchu Diaz, Jacques Boutault, Karima Delli, Jérôme Gleizes, Benjamin Joyeux, Chekra Kaabi, Annie Lahmer, Élise Lowy, Anny Poursinoff

Photo: ALAIN JOCARD / AFP

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