Protégeons les p’tits oiseaux

Christine Tréguier  • 14 novembre 2014
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Protégeons les p’tits oiseaux

{{Sur le Web :}}

[Sur le site de la LPO->https://www.lpo.fr/actualites/leurope-a-perdu-plus-de-400-millions-doiseaux-en-30-ans]

[Pétition contre le diclofénac->http://rapaces.lpo.fr/mission-rapaces/p-tition-en-ligne-contre-lautorisation-du-diclof-nac]

[Sur le site de BirdLife International->http://www.birdlife.org/worldwide/news/banning-lead-should-not-be-toxic-issue]

«L’Europe abrite 421 millions d’oiseaux de moins qu’il y a 30 ans.» C’est la conclusion sans appel d’une étude réalisée et publiée par le journal scientifique Ecology Letters.

Les données collectées sur les trente dernières années par le Pan-European Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS) dans 25 pays européens et concernant 144 espèces d’oiseaux ont été analysées. Il en ressort que les espèces dites «communes» – moins nombreuses que certaines variétés plus rares mais dont les populations sont plus importantes – diminuent de façon alarmante en nombre et en termes de biomasse. Les efforts pour ralentir la réduction de la biodiversité s’étaient jusqu’ici concentrés sur les espèces moins abondantes, donc plus exposées aux risques d’extinction. Et l’étude montre que les mesures de protection ont été efficaces et que certains effectifs sont à la hausse. En revanche, elle atteste de pertes pouvant aller jusqu’à 90 % pour des espèces très communes, comme la perdrix grise, l’alouette des champs, le moineau et l’étourneau. En ce qui concerne le moineau, pour qui s’y attarde un peu, la chose paraît évidente dans les rues de nos villes où on les voit et on les entend de moins en moins depuis des années.

Pour Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, cette disparition inquiétante est liée à l’urbanisation galopante et aux méthodes modernes d’agriculture : «Les oiseaux, comme tous les animaux, sont dépendants du biotope, c’est-à-dire du milieu dans lequel ils vivent, et on voit bien que ces milieux ont été bouleversés en partie à cause de l’agriculture qui est devenue intensive et a effacé les bocages, les haies, les endroits où les animaux et les oiseaux peuvent trouver refuge mais également nidifier ; de la perte de près de 50 % de nos zones humides et de l’artificialisation, c’est-à-dire le fait que le béton et l’asphalte gagnent 80 000 hectares de notre territoire par an.»

La disparition des oiseaux aurait à terme, à l’instar de celle des abeilles, un impact majeur pour la biodiversité et les conditions de survie de l’espèce humaine. Ils jouent un rôle vital dans la structuration et le fonctionnement de l’écosystème, dans les phénomènes de décomposition, le contrôle des insectes et des nuisibles, la pollinisation et la dispersion des graines. Une légende bouddhique ancienne évoque quatre animaux discutant pour savoir qui est le plus âgé. L’éléphant dit que l’arbre était déjà grand quand il était jeune, le singe que l’arbre était petit quand il était jeune, le lapin qu’il avait vu l’arbre lorsque celui-ci n’était qu’une jeune pousse et l’oiseau déclare qu’il avait apporté la graine de l’arbre. Les trois autres animaux le reconnaissent donc comme le plus âgé, digne du plus grand respect. Mais l’homme moderne-à-la-courte-mémoire semble avoir tout oublié. Et l’Europe, bien qu’alertée sur le phénomène, regarde ailleurs.

Il en va de même pour certaines espèces migratoires. Des négociations sont en cours à Quito, en Équateur, dans le cadre de la 11e Conférence des partis à la convention (COP) sur les espèces migratrices appartenant à la faune sauvage. L’objectif est de trouver un accord international pour stopper l’empoisonnement des oiseaux. La LPO et l’ONG BirdLife International viennent de publier un communiqué en appelant à la Commission européenne pour qu’elle intervienne en faveur des oiseaux à l’occasion de cette conférence.

Les responsables de l’empoisonnement des oiseaux migrateurs : les pesticides, des appâts empoisonnés, l’utilisation de médicaments vétérinaires comme le diclofénac ou encore les munitions en plomb. Les deux associations réclament l’interdiction complète de ces deux derniers. Le plomb contenu dans les balles des chasseurs est éminemment toxique, pour l’homme comme pour les oiseaux. En octobre, une trentaine d’experts internationaux ont publié un rapport accablant sur ses dangers et préconisent une élimination progressive de ces munitions. Ils appellent à un remplacement des munitions en plomb par des balles non-toxiques, c’est le cas au Danemark depuis 1996.

Le diclofénac, lui, est un produit vétérinaire anti-inflammatoire très couramment utilisé pour traiter le bétail. Depuis son introduction en Inde, 97 à 99 % des vautours ont disparu, le médicament provoquant chez eux une insuffisance rénale mortelle. Conséquence, les carcasses pourrissent, les chiens errants se multiplient et la rage a refait son apparition. Les aigles sont également touchés. Or, là encore, l’alternative existe. Alors que l’Inde, le Pakistan et le Népal ont interdit ce médicament, celui-ci a reçu une autorisation pour usage vétérinaire de l’Europe en 2013. Grâce à une campagne en ligne très suivie et aux données connectées, les experts de BirdLife International ont convaincu la Commission européenne de prendre avis auprès de l’European Medicines Agency (EMA). Celui-ci devrait être connu le 30 novembre.

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