Gaza dans l’expectative

Tandis que la vie reprend difficilement son cours dans l’étroit territoire palestinien, les issues semblent toujours bloquées, au propre comme au figuré.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Après la guerre meurtrière de l’été dernier, la vie reprend lentement son cours à Gaza. Les très pauvres sont plus nombreux, 60% de la population, dit-on. Les entreprises de nettoyage des hôpitaux sont en grève, et on n’assure plus que les urgences. Dans certains secteurs on ne travaille plus qu’un jour sur deux, pour réduire les frais de transport.

La rentrée scolaire a été perturbée par l’occupation des écoles par les sans-logis. Mais la situation évolue rapidement. Sur la ville de Rafah, l’une des plus touchées, 12 écoles abritaient des familles. A ce jour deux seulement sont ouvertes. Le directeur de l’école Ibn Khaldun, après avoir abrité jusqu’à 5 000 personnes, dit n’en héberger plus qu’un millier, avec un objectif de relogement complet en mars prochain. Les locations sont maintenant saturées. Mais les travaux de réhabilitation ont commencé par les logements partiellement détruits (30 000). Les travaux agricoles ont repris et les marchés sont alimentés notamment de produits en provenance de Cisjordanie. Pression sur Israël pour alléger le siège ? Un siège que Radji Sourani, le charismatique président du centre palestinien des droits de l’homme, craint de voir « institutionnalisé ». Chacun évoque l’avenir avec inquiétude (« à quand la prochaine guerre ? »), ou écœurement (« l’Europe n’a rien fait pour nous protéger ! »). Et l’on tourne les yeux dans quatre directions.

Les instances internationales : « Puisque Mahmoud Abbas a bloqué la plainte déposée auprès de la Cour pénale internationale, dit Bassem Naïm, conseiller diplomatique d’Ismaël Haniyeh, qu’on laisse au moins William Schabas 1 entrer à Gaza ! »

Israël : si une nouvelle attaque est considérée comme probable, ce ne devrait pas être dans l’immédiat. On évoque les élections israéliennes avec une nouvelle « coalition » peut-être moins guerrière. La guerre de l’été a laissé des traces dans l’opinion israélienne. La directive « Hannibal » 2 a été appliquée plusieurs fois cet été, notamment à Shejaya et Rafah.
L’Autorité palestinienne : on réclame salaires et bonne gouvernance. « Le ministre de la Santé devrait partager son temps entre Gaza et la Cisjordanie », plaide Sobi Eshkaik, directeur médical de l’hôpital Shifa. Même demande du côté du ministère de l’Économie.

L’Egypte : les habitants de la partie gazaouie de la ville de Rafah observent avec stupéfaction la destruction progressive de la partie occidentale, égyptienne. Le bruit des chenillettes et des marteau piqueurs télescopiques géants est audible depuis Gaza. Plus de 800 maisons ont déjà été rasées. Le mur frontalier avec l’Égypte, qui était longé par les maisons égyptiennes, ne donne plus que sur un immense champ de ruines où s’agitent des engins mécaniques. Les décombres les plus proches ont été déblayés. Les premières maisons intactes sont à plus de trois cent mètres. On parle d’un plan de destruction sur une largeur d’un kilomètre.

Et puis il y a les rumeurs « folles ». Mais on a l’habitude ici de celles devenues réalité. La zone tampon, refusée en 2004 par Moubarak et en cours d’établissement par Sissi, pourrait aller jusqu’à El Arish distante de 45km. Au « mur souterrain » dont le début de construction avait été entrepris en 2008, se substituerait un canal alimenté par la mer : un désastre pour l’aquifère de Gaza.

Quant aux armes qui ont servi à la défense du territoire cet été, pas question de les rendre. La professionnalisation de l’armée s’est révélée efficace. Les transmissions ont fonctionné à l’abri des oreilles israéliennes. Les tunnels détruits se reconstruisent, « et les armes les plus efficaces, ajoute un sympathisant du FPLP, sont les mortiers de fabrication locale ».
Gaza semble donc dans l’expectative, une expectative armée.


  1. Désigné par la Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour diriger la commission d’enquête sur les crimes commis à Gaza au cours de l’été. 

  2. Disposition de l’armée israélienne qui consiste à bombarder massivement une zone dans laquelle un de ses soldats est déclaré capturé par l’ennemi. 


Médecin, présent à Gaza du 1er au 7 décembre.
Dernier ouvrage paru : « Le chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale », Editions Erick Bonnier

Photo : ROBERTO SCHMIDT / AFP

Haut de page

Voir aussi

À quoi bon le Moyen Âge ?

Société accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.