L’État fait de la rétention

Les députés ont voté le report de l’encellulement individuel… pour 2019 ! Alors que la surpopulation carcérale est préoccupante.

Jean-Claude Renard  • 11 décembre 2014 abonné·es

C’était prévisible. Les députés ont adopté en urgence un énième report de l’application de l’encellulement individuel, afin de sortir de l’illégalité. En effet, après un précédent moratoire expirant le 25 novembre dernier, la loi imposait à l’État le droit pour tout détenu à une cellule individuelle. Un droit, et non une obligation, qui remonte à une loi votée le 5 juin 1875. Jamais appliqué, faute de volonté politique, et maintenant reporté à 2019 !

Ce manque de volonté s’exprime par les chiffres : il existe aujourd’hui 40 857 cellules individuelles, sur 49 681. En octobre, 39,65 % des détenus sont incarcérés seuls, et l’on compte 66 494 détenus pour 58 054 places. En cause, dans ce déficit de cellules individuelles, la surpopulation carcérale. En prime, la vétusté architecturale de certains établissements. Accueillant les courtes peines et les prévenus en attente de jugement, les maisons d’arrêt sont les premières ­responsables. Le taux d’occupation est ainsi de 210 % à Rennes, de 247 % à Orléans et de 318 % en Polynésie ! On ne compte plus le nombre de matelas au sol…

La solution ne passe pas par la construction de nouveaux bâtiments (parce que plus on construit, plus on enferme), mais par la désincarcération et donc l’aménagement des peines. C’est tout l’intérêt, et l’urgence, de la réforme pénale de Christiane Taubira.

Société Police / Justice
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