Hollande : climat en décembre, charbon en janvier

La promesse du Président de mettre fin aux subventions à l’exportation de centrales à énergie fossile n’aura tenu que deux mois. Édifiant.

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« C’était une vraie surprise » , se souvient Lucie Pinson, aux Amis de la Terre. Et il n’est pas besoin de fouiller profond dans les mémoires : fin novembre, lors de la conférence environnementale annuelle, François Hollande annonçait une mesure climatique significative — la seule de son discours : la France allait mettre fin aux subventions à l’exportation (via la Coface, qui les gère) pour les centrales à charbon. Et Paris pousserait l’Union européenne à faire de même pour toutes les énergies fossiles (fioul, gaz, charbon).

Problème : les ministères ont semblé pris de cours aussi, renvoyant d’un guichet à l’autre les associations écologistes, rapidement parties en quête des modalités concrètes d’application. Et début janvier, ça sent déjà fort le roussi. Le document préparatoire à la position de Bruxelles fuite : il est « catastrophique », constatent les associations, l’arrêt des subventions à l’exportation ne toucherait que les seules centrales dites sous-critiques, les plus émettrices de CO2 et les moins performantes. Or, l’Union restreint déjà son soutien à ces équipements en voie d’obsolescence depuis 2007. De plus, « les rédacteurs du texte reconnaissent même que cette proposition n’est pas compatible avec un objectif d’un réchauffement de la planète inférieur à 2 °C » , indique un communiqué des Amis de la Terre.

Et mardi 20 janvier, c’est la France qui rentre penaude à la niche : une discrète réunion tenue sous l’égide des trois ministères concernés par l’affaire — Finance, Écologie et Affaires étrangères —, a décidé l’alignement de Paris sur cette position très bas de gamme, un recul auquel a contribué la pression d’Alstom, principal exportateur de centrales à charbon.
Haut-le-cœur des associations, qui ont eu confirmation de l’information par plusieurs sources : l’annonce de Hollande s’est dissoute en moins de deux mois. Et l’incompréhension est d’autant plus forte que l’industriel n’était guère menacé dans l’opération : Alstom a déserté le secteur des centrales sous-critiques, et ne dépend que peu des subventions Coface pour ses affaires, comme les associations l’ont entendu affirmer par un cadre de l’entreprise rencontré l’été dernier.

Au sein du gouvernement , on affirme viser l’échéance de mars prochain, qui verra l’OCDE prendre une position sur ces subventions aux énergies fossiles. En quelque sorte, il s’agirait, par souci d’efficacité, d’emporter la conviction d’un collectif d’État plus large que l’Union. Aux Amis de la Terre, on n’y croit pas une seconde. « La France aurait très bien pu se lancer la première , relève Lucie Pinson. Après tout, les États-Unis ont décidé de limiter ce type de subventions sans attendre l’aval de la communauté internationale. »


Photo: JOHN MACDOUGALL / AFP

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