50 millions de réfugiés sur les routes en 2014

La multiplication des conflits a poussé des millions de personnes sur les routes en 2014. Dans son rapport annuel, Amnesty International alerte sur une situation humanitaire sans précédent.

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«2014 a été une année noire pour les droits humains, et restera comme telle dans nos annales» , a déclaré Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty France, lors d’une conférence de presse, le 24 février.

Des civils de plus en plus touchés par les conflits, les bombardements et les nettoyages ethniques, une multiplication de groupes armés qui instaurent sur les territoires qu’ils dirigent un joug autoritaire et violent, 15 millions de personnes poussées sur les routes en l’espace d’une année, pour fuir la guerre et les persécutions…

Dans son rapport annuel, l’ONG de défense des droits humains Amnesty International s’alarme d’une situation sans précédent, dont la communauté internationale détourne pudiquement le regard.

L’hypocrisie des États et des institutions internationales

Face à la multiplication des atrocités commises par des États ou des groupes armés contre des civils, Geneviève Garrigos dénonce la paralysie des institutions internationales, en particulier du conseil de sécurité de l’ONU : «On l’a vu sur la question de la Syrie, avec le veto de la Russie et de la Chine. Et lors de l’attaque d’Israël sur Gaza, une résolution n’a même pas été proposée, parce qu’ils savaient que les Etats-Unis poseraient leur veto…»

Une initiative, soutenue désormais par une quarantaine de pays, tente de pousser le Conseil de sécurité à adopter un code de conduite, engageant ses membres à renoncer à leur droit de veto en cas de génocide, de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. «Cela pourrait changer complètement la donne, et déverrouiller les instruments dont dispose la communauté internationale pour protéger les civils» , assure la présidente d’Amnesty France.

D’autant que l’ONG déplore également l’inaction des États, pour qui les droits humains sont loin d’être une préoccupation majeure. «Les États sont très prompts à évoquer les droits humains pour dénoncer la situation dans tel ou tel pays. Mais ils critiquent selon leurs intérêts, et n’agissent pas assez» , assène Geneviève Garrigos.

50 millions de vies déracinées

Il y a les paroles, manquent les actes, à commencer par l’accueil des réfugiés, toujours plus nombreux sur les routes du monde.

«Le nombre de déplacés enregistrés par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) a dépassé les 50 millions, alerte la présidente d'Amnesty, cette crise humanitaire est probablement la plus grave que le monde ait connu depuis la seconde guerre mondiale.»

Face à cette crise, l’Europe est en première ligne. «L’Union Européenne a toutes les cartes en main pour répondre à la détresse de millions de personnes. Mais elle choisit plutôt de tout faire pour maintenir ces réfugiés hors de ses frontières, de les refouler, les renvoyer et les laisser mourir en mer » , dénonce-t-elle.

En 2014, 3 400 personnes se sont noyées dans la Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe, selon une estimation du HCR. Des morts intervenues, pour nombre d’entre elles, au cours des derniers mois de l’année, après le remplacement de l’opération italienne de recherche et de sauvetage Mare Nostrum, «face aux fortes pressions exercées par les autres États membres de l’UE» , note l’ONG dans son rapport.

Pour Geneviève Garrigos, la "solution de remplacement" proposée par l’Union, Triton, est loin d’être équivalente : «Le budget est moindre, ses capacités d’intervention sont plus restreintes, et elle est coordonnée par Frontex, [l’Agence européenne pour la gestion des frontières extérieures] dont l’objectif est le contrôle, plus que le sauvetage.»

«60% de ceux qui tentent ce périlleux voyage en mer fuient des pays en guerre comme l’Érythrée, la Somalie, l’Afghanistan ou encore la Syrie» , rappelle Sylvie Houedenou, du programme Personnes Déracinées d’Amnesty France.

Visuel Amnesty International

La France pourrait accueillir plus de 10 000 réfugiés

Le conflit syrien à lui seul a poussé plus de 4 millions de personnes à l’exil. 95% d’entre elles sont accueillies par les pays voisins.

«Il y a environ 150 000 réfugiés syriens en Europe. 150 000, c’est si peu. C’est le nombre de personnes arrivées chaque jour en Turquie au moment de l’attaque de Kobané» , souligne Jean-François Dubost. Le responsable du programme Personnes Déracinées rappelle qu' «un an et demi après la promesse de François Hollande d’accueillir 500 personnes, on atteint tout juste ce nombre» .

Dans son évaluation, basée sur la population française, son PIB, le nombre des demandes d’asiles et d’autres critères, Amnesty estime que la France pourrait accueillir plus de 10 000 réfugiés.

Réfugiés et migrants débarquent d'un navire italien, en Sicile, en août 2014. - Crédits : Amnesty International


Photo : Une petite fille syrienne, dans le camp de réfugié de Baalbek, au Liban. 24 février 2015. (AFP)

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