Grigny 2 : partir à tout prix
La copropriété de standing imaginée dans les années 1970 est devenue en quatre décennies un haut lieu de misère et de relégation. En cause : les failles des politiques du logement.
dans l’hebdo N° 1340 Acheter ce numéro

La lumière cristalline perce entre les branches des lourds sapins. En ce matin glacial, où le ronronnement lointain du RER couvre par intermittence le chant des oiseaux, Grigny 2 ressemble à une résidence tranquille. Si ce n’était ces panneaux « À vendre ». Un, deux, huit, dix… Sous les balcons débordant d’antennes télé, de linge et de vélos, les affichettes de couleur prolifèrent sur les tours dressées vers le ciel. Vendre et partir. Telle est l’aspiration de bien des habitants de ce grand ensemble qui cumule les superlatifs. La deuxième copropriété d’Europe (en taille), située dans la ville la plus indigente de l’Essonne, accueille aussi la population la plus pauvre de Grigny. Même à La Grande-Borne, cité « chaude » située de l’autre côté de l’A6, le niveau de vie est un peu plus élevé. Un comble pour ce projet immobilier destiné, à sa construction dans les années 1970, à loger pilotes et hôtesses de l’aéroport voisin d’Orly. Du rêve d’acquérir à coût raisonnable un appartement de standing que promettait jadis Grigny 2, ne restent aujourd’hui que les belles façades brunes et blanches. Cinq mille logements plutôt de bonne facture, qui ont vu s’installer une population toujours plus pauvre et bigarrée à partir du milieu des années 1980. Pour devenir un haut lieu de la délinquance et de la misère.
« Gauloise »Raymonde Rogow est une figure du quartier. Sur le buffet de son appartement, acheté sur plans quarante ans plus tôt, trônent des poupées africaines et les photos de ses petits-enfants. Cette boule d’énergie de 71 ans, communiste depuis toujours, ne compte plus les amis qui sont partis, quitte à brader leur bien : « Aujourd’hui, un cinq-pièces acheté 150 000 euros se vend à moins de
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