Retour vers le nucléaire

Le projet de loi de transition a été profondément remanié par les sénateurs.

Patrick Piro  • 26 février 2015 abonné·es
Retour vers le nucléaire
© Photo : CITIZENSIDE / MATHIEU G. / AFP

Le changement de majorité du Sénat, repassé à droite en septembre dernier, a produit des effets notables sur la loi de transition énergétique. L’esprit du texte, dont les sénateurs ont achevé l’examen jeudi dernier avant un vote le 3 mars, a été largement modifié.

Au chapitre du nucléaire, c’est même un démantèlement de la version adoptée par les députés : exit la date butoir de 2025 pour un recul de l’atome à 50 % de la production nationale d’électricité (contre 75 % aujourd’hui), alors que la capacité maximale autorisée pour le parc de réacteurs passe de 63,2 gigawatts (GW), sa valeur actuelle, à 64,85 GW, ce qui permettrait de raccorder le réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) sans avoir à fermer une vieille centrale auparavant – Fessenheim, si l’on s’en tient à la promesse de François Hollande. Et s’il conserve l’objectif de 40 % d’électricité renouvelable en 2030, le Sénat complique le développement de l’éolien terrestre, en imposant une distance de 1 000 mètres entre un mât et la première habitation. Par ailleurs, les sénateurs ont fait sauter une inscription déterminante pour les écologistes : la division par deux des consommations d’énergie en 2050, dont ne perdure qu’une vague intention non datée. Et plus de rendez-vous intermédiaire à 2030 pour une réduction de 20 % de la demande. La version sénatoriale est devenue une simple loi « anti-CO2 » pro-nucléaire et soucieuse de la « compétitivité économique de la France », objectif cardinal ajouté en tête du texte. Cette philosophie a cependant quelques vertus puisque le Sénat a durci les articles concernant le bâtiment, accélérant le plan de rénovation thermique des vieux logements et introduisant l’obligation d’isoler lors d’un changement de propriétaire dès 2030. De même pour les transports, secteur préempté par la voiture électrique dans la version concoctée par Ségolène Royal : les sénateurs se sont montrés plus audacieux, donnant aux maires la prérogative de limiter la vitesse à 30 km/h sur toute la commune ou introduisant la « mobilité propre » (comprenant tous les modes durables) au sein de la programmation pluriannuelle de l’énergie créée par la loi.

L’Assemblée nationale aura cependant le dernier mot et pourra rétablir tout ou partie du texte. Sauf si le gouvernement, pris par le temps [^2], lui impose des compromis pour en finir avec cette loi, décrets compris, avant le sommet climat de fin décembre à Paris. Reste qu’un recul de plus sur le nucléaire braquerait définitivement Europe écologie-Les Verts contre le gouvernement.

[^2]: Si les deux assemblées ne s’accordent pas, l’adoption pourrait n’intervenir que fin mai.

Écologie
Temps de lecture : 2 minutes

Pour aller plus loin…

En Guyane, le mastodonte logistique de l’orpaillage illégal
Reportage 26 novembre 2025

En Guyane, le mastodonte logistique de l’orpaillage illégal

Près de 80 % des activités liées à l’extraction illicite de l’or en Guyane se concentrent sur le Haut-Maroni. Depuis la rive surinamienne, les garimpeiros – orpailleurs clandestins – ont édifié un système bien huilé pour exploiter le sol français.
Par Tristan Dereuddre
Orpaillage : le mercure, un poison pour la terre et les humains
Reportage 26 novembre 2025 abonné·es

Orpaillage : le mercure, un poison pour la terre et les humains

En fin de processus d’extraction, les orpailleurs illégaux utilisent de grandes quantités de mercure pour séparer la terre de l’or. Hautement toxique, ce métal lourd contamine non seulement l’environnement mais aussi les peuples du fleuve Maroni.
Par Tristan Dereuddre
Au Chili, sur l’île de Robinson Crusoé, comment la pêche est restée durable
Reportage 19 novembre 2025 abonné·es

Au Chili, sur l’île de Robinson Crusoé, comment la pêche est restée durable

Perdu au milieu du Pacifique à 670 kilomètres des côtes chiliennes, l’archipel mondialement connu pour avoir inspiré le célèbre roman de Daniel Defoe est aussi un bijou de biodiversité marine que ses habitants ont su conserver depuis plus d’un siècle. Au contraire des ressources terrestres, qui se trouvent dans un état alarmant.
Par Marion Esnault
COP 30 : « Nous, citoyens équatoriens, ne recevons pas la protection qui nous est due par l’État »
Carte blanche 17 novembre 2025

COP 30 : « Nous, citoyens équatoriens, ne recevons pas la protection qui nous est due par l’État »

En Équateur, les conséquences sanitaires l’exploitation d’hydrocarbure, qui pollue l’air et les eaux, sont connues depuis des décennies. Leonela Moncayo, 15 ans, mène un combat contre ces torchères avec les Guerrières de l’Amazonie. Témoignage.
Par Patrick Piro