A69 : des usines à bitume irritent les riverains


Depuis cet automne, deux usines pour fabriquer l’enrobé de l’A69 ont été installées à proximité du tracé. Les potentiels rejets de substances toxiques inquiètent des riverains, qui ont conçu leurs propres capteurs d’air.

Vanina Delmas  • 10 décembre 2025 abonné·es
A69 : des usines à bitume irritent les riverains

Manifestation organisée par les habitants de la région contre l'usine de production d'enrobés bitumineux à chaud de Puylaurens, dans le cadre de la construction de l'autoroute A69 à Saint-Germain-des-Prés, le 22 novembre 2025.
© Valentine CHAPUIS / AFP

« Le paysage a totalement changé en si peu de temps, se désole Chantal. Avant on avait des étendues enherbées, des champs cultivés, et la Montagne noire comme décor. Maintenant, on a cette horrible plaie dans la nature et des tas de fraisats noirs, comme les corons dans le Nord ! » En arrivant à Puylaurens par la route nationale 126, impossible de ne pas voir la nouvelle centrale d’enrobage : la cheminée haute d’une dizaine de mètres est entourée d'engins de chantier et de gigantesques tas de fraisats, des résidus d’enrobé récupérés sur d’anciennes routes.

Cette matière sera mélangée à du gravier et du bitume, puis chauffée à 300 °C pour créer de l’enrobé à chaud qui servira à tapisser les 53 kilomètres de l’autoroute A69 en projet entre Castres et Toulouse. Plus à l’ouest, une deuxième centrale s’est implantée à Villeneuve-lès-Lavaur, à la frontière entre le Tarn et la Haute-Garonne, cet automne. Selon Atosca, le concessionnaire, elles devraient fonctionner « pendant une durée limitée d’environ dix mois, dont six à pleine capacité » pour produire plus de 500 000 tonnes d’enrobés.

(Photo : DR.)

Pour le moment, leur rythme de fonctionnement est suspendu au feuilleton judiciaire de l’A69. En février dernier, le jugement du tribunal administratif de Toulouse avait annulé l’arrêté préfectoral autorisant les travaux pour défaut de raison impérative d’intérêt public majeur (RIIPM). Mais trois mois plus tard, les juges donnaient un feu vert à la reprise du chantier, en attendant l’audience en appel prévue le 11 décembre.

Des tests techniques sont en cours, alors tous les regards se tournent vers les fumées émanant de la cheminée. « Un jour de grand vent d’autan, on a vu les couleurs dans le ciel changer. Ils nous disent que ce n’est que de la vapeur d’eau… On sait que c’est faux ! Les impacts sont redoutés par les habitants, les écoles, les collèges, les personnes âgées, les personnes souffrant d’insuffisance respiratoire… », s’indigne Chantal, médecin à la retraite.

Des collectifs citoyens passent à l'action

Depuis deux ans, la lutte des « sans bitume » prend forme, d’abord pour briser l’omerta, et remédier à l’absence d'information venant de l’État. Le collectif Lauragais sans bitume a organisé des réunions publiques d’informations et distribué des tracts dans les boîtes aux lettres. Les habitants étaient abasourdis. Après la sidération, certains citoyens ont décidé de passer à l’action. Une dizaine de collectifs citoyens locaux s’est créée : Puylaurens sans bitume, Saint-Germain sans bitume, Villeneuve sans bitume, Paysan·nes sans bitume…

Première phase : s’informer sur le volet santé-environnement pour mieux connaître les risques. Une commission scientifique citoyenne se penche sérieusement sur ces aspects, notamment pour débusquer les failles de la communication

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