Ukraine : Accord de cessez-le-feu à Minsk

Si une feuille de route pour la paix a bien été signée dans la capitale biélorusse, elle ne garantit pas encore une sortie de crise. La situation reste tendue dans l'est de l'Ukraine.

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Les présidents russe et ukrainien et les dirigeants européens se sont entendus sur un cessez-le-feu, à compter du 15 février, le retrait des armes lourdes et la création d'une zone tampon élargie.

Pour Vladimir Poutine, c’est «un accord sur l’essentiel» qui a été trouvé à Minsk, à l’issue de près de seize heures de négociation. Le président russe, son homologue ukrainien Petro Porochenko, François Hollande et Angela Merkel étaient réunis dans la capitale biélorusse depuis mercredi soir, pour tenter de trouver un compromis et de mettre fin aux combats qui font rage dans l’est de l’Ukraine depuis dix mois.

Les rebelles séparatistes et le Groupe de contact, constitué d’émissaires ukrainiens, russes et de représentants de l’OSCE, réunis en parallèle à Minsk, ont également signé une feuille de route pour la mise en œuvre de la paix.

Outre l’entente sur un cessez-le-feu à partir de samedi, minuit, le texte impose le retrait des soldats ukrainiens, des combattants rebelles et de leurs armes lourdes des actuelles zones de combat d'ici 14 jours, afin de créer une zone tampon de 50 à 140 km de largeur autour de la ligne de front.

Par ailleurs, entre autres dispositions, l’Ukraine devrait également réformer sa Constitution, «pour respecter les droits des habitants de l’Est» , a déclaré Vladimir Poutine. Le texte d'accord prévoit la mise en place d'une nouvelle Constitution d'ici fin 2015, prévoyant une «décentralisation» des régions de Donetsk et de Lougansk, en accord avec les représentants de ces zones.

Les séparatistes sont satisfaits, les dirigeants européens réservés

L'entente de Minsk «fait espérer une solution pacifique» au conflit, ont déclaré les dirigeants rebelles.

«Nous avons signé un accord qui donne une chance au développement pacifique des républiques [séparatistes de l'est]. C'est une grande victoire pour elles»* , a déclaré le leader de la république autoproclamée de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, lors d'une conférence de presse.

Mais les dirigeants européens restent prudents.

Plutôt optimiste à Minsk jeudi matin - il parlait alors d' «espoir sérieux» et de «règlement politique global» - François Hollande a cependant nuancé le succès des négociations à son arrivée qu sommet européen à Bruxelles, plus tard dans la journée. Car si l'accord «est plus qu'une lueur d'espoir» , selon lui, il «ne garantit pas un succès durable» en Ukraine. «Tout peut encore se décider dans un sens ou dans un autre, et les prochaines heures seront déterminantes» , a-t-il déclaré, Au delà de ces prochains jours, il sera très important [...] que nous puissions continuer à exercer la pression nécessaire, la vigilance indispensable pour qu'il y ait la paix en Ukraine.» François Hollande a cependant insisté : «Je crois que nous sommes sur le bon chemin» .

Angela Merkel, de son côté, ne se fait «aucune illusion» . La chancelière allemande évoquait certes avec François Hollande «une véritable chance d'améliorer maintenant la situation» à la sortie des négociations. Mais elle s'est montrée encore plus réservée que le président français, dans une déclaration transmise par ses services. «Il va encore y avoir de gros obstacles devant nous» , a-t-elle souligné.

Son ministre des Affaires étrangères, Franck-Walter Steinmeier, a salué dans un communiqué ce «pas en avant qui nous éloigne d'une spirale d'escalade militaire» , mais «sans euphorie, car cela a été une naissance difficile» . Selon lui, cet accord «n'est pas une solution globale et encore moins une percée» . «Pour certains, ça ne sera pas assez. Nous aussi aurions souhaité plus» , a-t-il avoué.

Ce sont finalement ces mots d'Angela Merkel qui semblent le mieux résumer le sommet de Minsk, et ses résultats : «Ce que nous avons atteint permet nettement plus d'espoir que si nous n'avions rien obtenu. C'est pourquoi on peut dire que cette initiative a valu le coup.» .

Tensions à l'est de l'Ukraine

Les négociations du texte se sont tenues sur les bases d’un premier accord, signé à Minsk en septembre et jamais appliqué. Le cessez-le-feu déterminé à l'automne n’a cessé d’être rompu sur le terrain.

Officiellement soutenu par les dirigeants français, allemand, ukrainien et russe (bien que Vladimir Poutine n'ait rien signé formellement), l'accord “Minsk 2” pourrait avoir plus de poids que le précédent.

Mais dans l'est de l'Ukraine, la situation reste fortement tendue.

Selon un porte-parole de l'armée de Kiev, Andriï Lyssenko, une cinquantaine de chars sont entrés sur le territoire ukrainien depuis la Russie dans la nuit de mercredi à jeudi, au moment même où Vladimir Poutine et Petro Porochenko négociaient une sortie de crise dans la capitale biélorusse.

Ces chars auraient pris la direction de Debaltseve, dans la future zone tampon négociée à Minsk, où les combats font rage depuis fin janvier.

De manière générale, le conflit s'est intensifié, à l'approche du sommet de Minsk, avec au moins 49 morts mardi et mercredi.

En moins d'un an, les combats dans l'est de l'Ukraine ont fait plus de 5 300 morts.


Photo : ANDREY STASEVICH / BELTA / AFP

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