Israël-Palestine : le score de la liste arabe, véritable événement de l’élection

Au-delà du succès du discours sécuritaire de Benyamin Netanyahou, la véritable leçon du scrutin est cette percée de la liste arabe unie, qui devient la troisième force du pays.

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Une fois de plus, le réflexe sécuritaire, qui est l’autre nom de la peur, a été décisif dans une élection israélienne. En jouant sur tous les amalgames et toutes les démagogies, en mêlant dans un même discours le nucléaire iranien, Daesh et les Palestiniens, Benyamin Netanyahou a retourné à son profit une situation qui semblait lui être défavorable. Son argumentaire qui repose toujours sur l’idée d’une «menace existentielle» pour Israël a finalement prévalu sur la colère sociale. Cela dit, l’événement majeur de ce scrutin n’est pas tant la victoire du Likoud, qui recueillerait 29 sièges, sur l’Union sioniste (centre-gauche), qui plafonnerait à 24 sièges, que la spectaculaire percée de la liste arabe unie. Celle-ci, qui obtiendrait 13 ou 14 sièges, devient la troisième force du pays. C’est la première fois que les un million six cent mille Arabes israéliens s’impliquent ainsi dans la vie politique de l’Etat hébreu, avec un fort taux de participation. Leur attitude sera décisive dans les jours à venir.

Car, le succès de Netanyahou ne signifie pas automatiquement qu’il pourra obtenir les 61 sièges nécessaires à la Knesset pour former un gouvernement. D’autant que sa remontée s’est visiblement effectuée aux dépens de ses deux principaux alliés d’extrême-droite, le Foyer juif, de Naftali Bennett, le parti des colons, et Israël Beytenou, du fascisant Avigdor Lieberman, l’un et l’autre grands perdants de ces élections. Les leaders des deux partis dits « centristes », Yaïr Lapid (11 sièges), et Moshe Kahlon (10 sièges) semblent plutôt enclins à rallier une coalition avec le centre gauche. Mais, en Israël encore plus qu’ailleurs, le débauchage est un sport national. On se vend au plus offrant… Tout pronostic est donc hasardeux. La véritable inconnue est la liste arabe. Son leader Ayman Odeh a déjà fait savoir qu’il ne participerait à aucun gouvernement. Mais il peut opter pour un soutien sans participation. Une position qui pourrait théoriquement assurer une majorité au leader de l’Union sioniste (centre-gauche), Itzhak Herzog, mais qui peut aussi pousser Yaïr Lapid et Moshe Kahlon dans le camp d’en face.

Quoi qu’il en soit, et sans se perdre en conjectures, il faut retenir ce qui est à nos yeux l’essentiel : le thème de la campagne de la liste arabe. La revendication d’une «égalité civique» pose habilement, et démocratiquement, la question des droits de tous les non-juifs de la Méditerranée au Jourdain. Elle réintroduit la question palestinienne dans sa dimension sociale et politique. Car la grande erreur des commentateurs est de croire que la question palestinienne, parce qu’elle a été évacuée des discours, tant par la droite que par le centre-gauche, a disparu. Les déclarations de Netanyahou, qui a affirmé en fin de campagne qu’il n’y aurait jamais d’Etat palestinien, comportent pour lui et son pays beaucoup de risques. Elles mettent Israël encore plus en porte-à-faux face aux discours officiels de la communauté internationale. Elles légitiment pleinement la relance par l’Autorité palestinienne des plaintes devant la cour pénale internationale. Et elles créent de fait un point de convergence entre les Arabes israéliens et les Palestiniens des Territoires occupés. Plus la perspective d’une solution à deux Etats s’éloignera et plus cette convergence s’affirmera. Mais on sait depuis longtemps que Netanyahou est un apprenti-sorcier qui ne lésine pas sur les moyens quand il s’agit de sauver son pouvoir. Un pouvoir au service d’une idéologie qui est celle des colons.


Photo : Les candidats de la liste arabe unie, à Nazareth le 17 mars 2015. De gauche à droite, Jamal Zahalka, membre du parlement, le leader de la liste unie Ayman Odeh et le membre du parlement Ahmad Tibi. (AHMAD GHARABLI / AFP)

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