Nacira Guénif-Souilamas : « La laïcité est devenue une arme de guerre »
La sociologue Nacira Guénif-Souilamas réagit ici à la proposition d’interdiction du port du foulard à l’université, reprise récemment par la secrétaire d’État aux Droits des femmes. Elle analyse le sens de la question du voile dans le débat public.
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© AFP PHOTO / JACQUES DEMARTHON
Reprenant à son compte une proposition du très droitier député UMP Éric Ciotti, la secrétaire d’État aux Droits des femmes, Pascale Boistard, a souhaité, le 2 mars, l’interdiction du port du voile à l’université. La sociologue Nacira Guénif-Souilamas rappelle ici que l’université n’est pas l’école et qu’elle ne peut être sanctuarisée.
Que vous inspire ce retour de la question du voile qu’une ministre veut faire interdire à l’université ?
Nacira Guénif-Souilamas : Il fallait s’y attendre. Dès 2004, on savait que la loi produirait des dommages collatéraux. Mais l’université, c’est tout le contraire de l’école, dont on ne cesse de nous dire qu’elle doit être sanctuarisée. À l’université, tout doit pouvoir être mis en débat. Je ne cherche pas à savoir ce que dit le couvre-chef de mes étudiantes dans les salles de cours. Ce n’est pas à leur couvre-chef que je m’adresse, c’est à elles. Ce retour comporte une dimension obsessionnelle. Certains acteurs publics ne supportent pas de devoir gérer seuls leurs états d’âme, leur panique morale et leur inconfort visuel. On note aussi une
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