Du Front national à Jordan Bardella, un système financier opaque

Au procès en appel du FN- RN concernant les assistants parlementaires, les figures clés des finances décrivent un parti où personne n’assume les décisions. Derrière cette défense collective jurant sur la bonne foi, ce procès met en lumière un mode de fonctionnement financier en crise constante et opaque.

Maxime Sirvins  • 30 janvier 2026 abonné·es
Du Front national à Jordan Bardella, un système financier opaque
Wallerand de Saint-Just, lors plaidoiries finales du procès pour détournement présumé de fonds publics européens, au tribunal de Paris, le 13 novembre 2024.
© GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

À la barre de la cour d’appel de Paris, ce mercredi 28 janvier, ils étaient deux à incarner le cœur financier du Front national (FN) devenu Rassemblement national (RN). Son ancien trésorier, Wallerand de Saint-Just, et son expert-comptable historique, Nicolas Crochet. Deux hommes aux fonctions centrales. Deux auditions différentes mais une même ligne de défense. Celle d’un système où tout se fait, mais où personne ne décide.

Je n’imagine pas que Marine Le Pen puisse commettre une infraction.

W. de Saint-Just

L’un dit avoir été un « petit télégraphiste », l’autre assure n’avoir « jamais soupçonné le moindre problème ». Tous deux jurent de leur bonne foi, minimisent leur rôle et contestent toute vision d’ensemble. Selon eux, l’avion FN/RN n’aurait jamais eu de pilote financier, seulement des exécutants, des techniciens et des intermédiaires. La stratégie est claire : se déresponsabiliser. Une ligne de défense déjà observée lors des précédentes audiences et même dans les autres affaires financières du parti.

Un avion sans pilote

Ancien trésorier du FN de 2009 à 2021, Wallerand de Saint-Just a longtemps cumulé les casquettes. Avocat du parti, secrétaire départemental, élu local et nommé délégué aux affaires juridiques du RN par Bardella depuis 2022. Un homme central dans le système mariniste. À la barre, il se décrit pourtant comme un personnage secondaire. Il affirme ne pas s’être occupé des assistants parlementaires européens, ne pas avoir mesuré le caractère illicite des pratiques, ne pas avoir eu conscience d’un quelconque système.

Face aux magistrats, les mêmes formules reviennent encore et encore. « Je ne savais pas », « ce n’était pas mon rôle », « je n’imagine pas que Marine Le Pen puisse commettre une infraction ». Même confronté à des tableaux retrouvés sur son ordinateur, listant des permanents du parti « payés autrement » ou « pas payés par le FN », l’ex-trésorier plaide l’approximation, l’oubli, voire l’erreur administrative.

Le matin, Nicolas Crochet avait pris le même chemin. Expert-comptable attitré du FN à partir de 2011, tiers payant (organismes chargés de la gestion des contrats et du versement des salaires) des eurodéputés frontistes, il est considéré par les juges de première instance comme l’un des rouages du système. À la barre, il nie pourtant toute intention. Il aurait seulement voulu « que les choses soient correctes », sans jamais s’interroger sur la réalité du travail accompli par les assistants. Mais les mails sont dans le dossier, les tableaux et les organigrammes sont là aussi.

Une culture financière comme héritage

Cette rhétorique de déresponsabilisation éclaire la situation financière actuelle du RN et de ses difficultés

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