Déconstruire le duel des « deux France »

Le territoire français est souvent décrit comme fragmenté par des différences sociales et géographiques perçues comme des fractures irréconciliables. Entre simplifications médiatiques et stratégies politiques, ces représentations alimentent un clientélisme électoral, au détriment des populations concernées.

Kamélia Ouaïssa  • 30 janvier 2026 abonné·es
Déconstruire le duel des « deux France »
Saint-Émilion.
© Thibaud MORITZ / AFP

De la « France des honnêtes gens » de Nicolas Sarkozy en 2008 repris en mai dernier par Bruno Retailleau jusqu’à la « France des bourgs et des tours » de François Ruffin, depuis des décennies, les responsables politiques s’arrachent les concepts de division citoyenne. Avec, comme matrice, le récit d’une France coupée systématiquement en deux blocs opposés : France des villes contre France des campagnes, élites contre oubliés, gagnants contre perdants. Ce mythe va sûrement irriguer les élections municipales au risque de glisser vers une forme de clientélisme électoral.

Pour Imane Bounouh, créatrice de contenus sur le compte Instagram (@Grimpe.fr), depuis 2019 sous l’ancien nom de d’Echellon 7, ces récits d’une « France coupée en deux » renvoient à son expérience vécue. Ancienne étudiante en situation de précarité issue d’une ville moyenne, Le Mans, et d’un territoire rural, Saint-Georges-le-Gaultier, elle aborde régulièrement sur ses réseaux sociaux les effets concrets des politiques publiques et des représentations médiatiques sur les trajectoires sociales. De recettes petits budgets pour les étudiants jusqu’aux conseils emploi quand elle commence à travailler, avec l’envie d’être la grande sœur qu’elle n’a pas eue.

Selon elle, le mythe de la « France divisée » empêche de penser la complexité des territoires et affirme que cette formule puise ses racines dans des stratégies politiques anciennes : « Sur la question des deux France, cela a toujours été un discours de l’extrême droite visant à opposer un groupe au profit d’un autre. Ça a été d’abord les juifs et les communistes, puis les immigrés, ensuite, dans un continuum, les quartiers populaires, en passant par les femmes. On a toujours cherché à désigner un bouc émissaire. »

La gauche n’échappe pas à ce schéma : « On s’est complètement laissé enfermer dans cette logique de deux France. Cela ne devrait pas être notre lecture. Il y a à la fois des riches et des pauvres et que, dans cette distinction-là, se posent les questions de racisme et de discriminations qui traversent toutes les classes sociales. »

Le mécanisme d’une fracture entretenue

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