Écouter l’indicible (« À flux détendu »)

Le mensonge consistant à prétendre que l’Allemagne avait été dénazifiée est au cœur de l’œuvre de Fassbinder.

Christophe Kantcheff  • 30 avril 2015
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Écouter l’indicible (« À flux détendu »)

Rainer Werner Fassbinder l’avait mis au cœur de son œuvre : le mensonge consistant à prétendre que l’Allemagne avait été dénazifiée. L’auteur du Mariage de Maria Braun a montré, avec sa rage flamboyante, l’absolue nécessité de mettre à bas cette hypocrisie pesante et destructrice. Le Labyrinthe du silence , du cinéaste italien Giulio Ricciarelli, depuis longtemps installé en Allemagne, éclaire une partie de ce passé sensible. Non qu’il revienne sur les aléas de la dénazification ratée par les Alliés au sortir de la guerre. Mais il raconte l’histoire d’un jeune procureur, interprété par Alexander Fehling, dont l’ambition n’empiète pas sur les valeurs morales, et dont le travail a abouti au premier procès institué par la justice allemande contre des nazis. Procès historique qui s’est tenu de 1963 à 1965 à Francfort, avec vingt-deux prévenus impliqués dans le fonctionnement du camp d’Auschwitz. Le Labyrinthe du silence s’achève là où le procès commence. Ce qu’il aura montré auparavant, c’est l’incroyable chape de plomb qui recouvre les crimes de masse commis par nombre d’Allemands redevenus des citoyens tranquilles, dénués de regrets. C’est non sans mal que le jeune procureur s’emploie à acculer ceux-ci dans leurs derniers retranchements. « Est-ce vraiment utile que tous les jeunes Allemands se demandent si leur père est un meurtrier ? », lance un personnage, question terrible qui a précisément ébranlé la génération Fassbinder. Le Labyrinthe du silence avance sans faille vers son but avec une visée didactique, ce qui fait à la fois son intérêt et sa limite. Mais les scènes où la caméra est fixée sur le visage du procureur qui écoute le témoignage des rescapés d’Auschwitz – le spectateur, lui, n’entendant pas – relèvent d’une forte idée de cinéma. Où l’on voit le jeune homme peu à peu se déliter devant l’horreur des mots, devant l’indicible. Aussi éprouvante soit-elle, cette écoute est indispensable.

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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