Jeunes et jihad, un phénomène sans précédent selon le rapport du Sénat

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Sans précédent. Si la France a toujours connu des départs de ses ressortissants vers des pays en guerre (Bosnie, Afghanistan, Mali), « le départ de centaines de jeunes Français vers les zones de combat syro-irakiennes pour y rejoindre des groupes pour la plupart terroristes, singulièrement Daech, afin d'y accomplir ce qu'ils croient être le jihad » , est exceptionnel de par son ampleur et sa nature. C’est ce que révèle un rapport d’une commission d’enquête du Sénat présidé par Nathalie Goulet (UDI) et André Reichardt (UMP), publié ce mercredi 8 avril sous le titre : « Filières “jihadistes” : pour une réponse globale et sans faiblesse ».

Ils seraient environ 1 500 jeunes Français à être partis dans ces zones de conflit, soit trois fois plus qu’en janvier 2014. La France ayant « le triste privilège d'alimenter le contingent européen le plus nombreux » , d’après le rapport. 413 sont arrivés à destination. 261 ont quitté ces territoires, dont 200 pour regagner la France. 85 sont supposés morts et 2 emprisonnés.

« La crise syro-irakienne marque une évolution notable dans les parcours des jihadistes français, qui n'ont plus nécessairement besoin du secours de filières structurées pour rallier la zone de combats ou préparer un attentat » , précise le rapport, qui indique que le recrutement est majoritairement organisé via Internet, une sorte de « terrorisme en accès libre » . Il y aurait très peu de départs isolés et une forme de reprofessionnalisation des filières jihadistes.

Concernant les motivations des jeunes qui partent, le rapport fait état d’une volonté de prendre une « revanche sur ce qui est perçu comme une humiliation systématique de la communauté musulmane par les puissances occidentales » mais aussi d’un « sentiment d'injustice renforcé par l'illisibilité, voire l'incohérence de la politique étrangère de la France » .

Le profil des partants évolue, selon le rapport, qui observe : « De plus en plus de départs en famille, parfois avec de très jeunes enfants. La part des femmes, notamment mineures, est par ailleurs en notable augmentation, qu'elles partent avec leur mari – le mariage pouvant être organisé sur le territoire français, juste avant le départ, avec un candidat choisi par le recruteur – ou avec l'intention d'en trouver un sur place. »

Et si les jeunes issus de la petite délinquance sont encore concernés, la moitié des nouvelles recrues seraient inconnues des services de police. Le nombre de recrues issues de la classe moyenne, enfants de médecins et d’enseignants notamment, et parfaitement intégrés, augmente, ainsi que la part de nouveaux convertis. En outre, comme le notait déjà la sociologue Dounia Bouzar, « une part importante des individus radicalisés et désireux de partir pour le jihad ne fréquentent pas, ou très peu, les mosquées » .

Après les constats, la commission d’enquête délivre une liste de 110 propositions pour lutter contre les phénomènes de radicalisation. Si elle insiste sur la nécessité de la prévention à l’école et dans les prisons, et prend des précautions concernant les dérives possibles de la surveillance généralisée, ces mesures induisent la mise en place d’un arsenal répressif : surveillance d’Internet, robinet à signalements, partage d’informations entre les service de renseignement, etc.

Les sénateurs, qui ont fait l’aller-retour aux États-Unis, proposent tout de même de s’inspirer du Patriot Act , qui a permis « d’abattre ce mur entre les missions de “law enforcement” et de renseignements » .


Image diffusée par un compte Twitter djihadiste en juin 2014. (AFP PHOTO / HO / ALBARAKA NEWS)

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