Nétanyahou : Le prix d’une victoire

Vainqueur des élections du 17 mars, Netanyahou est sommé de toute part de réparer les dégâts causés par une campagne calamiteuse.

Denis Sieffert  • 2 avril 2015 abonné·es
Nétanyahou : Le prix d’une victoire
© Photo : AFP PHOTO / MENAHEM KAHANA

Le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, va donc rempiler pour un quatrième mandat, après sa victoire surprise du 17 mars. Il devrait pouvoir compter sur une majorité de 67 sièges sur 120 à la Knesset. À condition toutefois qu’il réponde aux exigences de ses partenaires, comme Moshe Kahlon, dont le parti a remporté 9 sièges, et qui menace déjà de quitter une coalition qui n’est même pas encore formée.

Mais ce n’est pas le pire des soucis auxquels Netanyahou doit faire face. Il doit surtout réparer les dégâts causés par sa campagne électorale calamiteuse. Dans sa surenchère d’extrême droite, il s’est attiré les foudres de la Maison Blanche en allant prononcer un discours hostile devant le Congrès américain pour tenter de torpiller les négociations sur le dossier du nucléaire iranien. Il a aussi heurté Barack Obama en assurant qu’il n’y aurait pas d’État palestinien tant qu’il serait Premier ministre. Enfin, dans les dernières heures de la campagne, il a agité la menace d’un vote massif des Arabes israéliens. Un argument raciste dont il a dû, sans convaincre, s’excuser au lendemain de l’élection. À Washington, Barack Obama a répété le 25 mars que les États-Unis allaient devoir examiner les conséquences de ces propos « en réévaluant leur politique sur la question israélo-palestinienne ». C’est en effet tout l’édifice international sur ce dossier, qui repose sur l’idée de deux États vivant côte à côte, que Netanyahou a remis en cause. Le Premier ministre israélien n’a finalement rien fait d’autre que de dire la vérité sur la politique qu’il pratique depuis qu’il est arrivé la première fois au pouvoir, en 1996. Mais si les États-Unis, l’Union européenne et l’ONU pouvaient se satisfaire d’un faux-semblant qui permettait à Israël de ruiner méthodiquement toute chance de création d’un État palestinien tout en affirmant le contraire, il leur est difficile d’admettre publiquement cet aveu provocateur.

Barack Obama a d’ailleurs eu une formule qui résume bien la situation : « Les États-Unis ne peuvent pas faire semblant que quelque chose est possible quand ça ne l’est pas. » Une façon de demander au Premier ministre israélien de bien vouloir continuer de sauver les apparences. Alors que son gouvernement pouvait continuer de coloniser Jérusalem-Est et la Cisjordanie sans autre désagrément qu’une molle protestation occidentale, Netanyahou a lui-même contraint ses alliés les plus fidèles à hausser le ton. Cela alors que l’Autorité palestinienne s’apprête à lancer une nouvelle offensive diplomatique et judiciaire en déposant à la Cour pénale internationale (CPI) ses premières plaintes pour crime de guerre contre les dirigeants israéliens.

Les déclarations de Benyamin Netanyahou ont également conduit l’émissaire des Nations unies au Proche-Orient à réagir. S’exprimant devant le Conseil de sécurité, Robert Serry a demandé au nouveau gouvernement israélien de « démontrer rapidement  […] son engagement en faveur d’un État palestinien ». Un peu plus concrètement, et un peu moins diplomatiquement, Robert Serry a affirmé que « la colonisation illégale n’est pas compatible avec l’objectif d’une solution négociée à deux États ». Avant d’ajouter : « Je ne sais pas s’il n’est pas déjà trop tard. » Il a conclu en demandant « des mesures crédibles pour geler la colonisation » et souhaité une réimplication de la communauté internationale en proposant « un cadre pour des négociations, y compris en incluant des paramètres ». Un euphémisme qui signifie contraintes. Le problème est que Robert Serry fait cette sortie à la veille de quitter ses fonctions… Si on proteste à Washington après les propos de campagne de Netanyahou, une capitale est restée silencieuse : Paris. Le député Front de gauche François Asensi a demandé, le 25 mars, une « condamnation claire » par le gouvernement de cette « déclaration de guerre contre le droit international et le processus de paix ». « Je n’ai entendu aucune condamnation, a noté François Asensi, mais au contraire un message de félicitations à Netanyahou pour sa réélection. » Le silence de Paris confirme le positionnement très droitier du tandem Hollande-Valls sur ce dossier. Le président de la République s’était déjà illustré l’été dernier en apportant son soutien au gouvernement israélien alors qu’un déluge de bombes s’abattait sur Gaza.

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